18/08/2004

Chronique 24

(Femmes d'Aujourd'hui N°31 – 28/07/04)

Mes jeux... et le pré-braille

Depuis que je suis né, Maman s'est cassée la tête à la recherche de jeux adaptés à ma cécité et susceptibles de m'intéresser.
Au bout de cinq ans, je ne vous dis pas tout ce que mes parents ont accumulé pour susciter mon éveil. Du piano miniature à l'accordéon en passant par l'harmonica, le Kalimba, le Djembe (etc.) ; des jeux d'emboîtement aux puzzles sommaires, de la poupée qui rit aux animaux de la ferme qui font leur cri respectif, de la balle sonore (quand elle roule) au bâton de pluie. Conclusion : ça s'entasse à côté du canapé ! Il y a là-dedans toute une série de jeu que je n'ai jamais voulu explorer, marquant un refus catégorique. Quant aux autres, il faut me motiver et m'en rappeler l'existence pour que je m'y intéresse ...quelques minutes. Finalement, le seul jeu auquel j'accepte de jouer de bonne grâce, c'est avec la balle sonore.

Pour tout vous dire, ils sont un peu ch..., Papa et maman. Parce que moi, ce que je préfère par dessus tout, c'est me balancer, rire, imiter, chanter ou écouter de la musique et des histoires. Or régulièrement, ils m'obligent à "jouer avec mes petites mains"(*). Ils me disent que c'est indispensable pour mon avenir. Soit. Et comme la base de mon apprentissage scolaire est de m'amener au braille, je dois apprendre la notion des six cases (ou six points) qui est le fondement même de l'écriture braille (toutes les lettres sont une combinaison variant les six points). Pour cela, je dois acquérir la notion de "haut" et "bas", après quoi, je découvre qu'entre les deux, il y a un "milieu".
Ensuite, on répète cette notion en définissant une gauche et une droite. Ça, c'est pour définir rien qu'une lettre.
Un jour donc on me fera découvrir qu'à gauche, il y a à nouveau une gauche et une droite, et à droite la même chose... pour former des mots. Pas simple, hein ? J'vous dis pas comme ça m'emm... .
Alors, pour rendre les choses plus ludiques (on fait la même chose à l'école), Papa a construit une boîte à six cases dans laquelle il range tantôt des cubes, tantôt des animaux. Du coup, c'est plus fun. Même si, je dois bien reconnaître que, malgré tous leurs efforts, je suis loin d'être toujours d'accord d'y jouer. Pire, parfois, ils doivent m'y obliger. Heureusement, après un arc-en-ciel de sentiments, je finis la plupart du temps par morde à l'hameçon. "Alors papa... Montre moi... A papa !" Papa : "Alors montre-moi la vache qui se trouve en haut à gauche." Je la prends et la lui donne en ponctuant mon geste d'un : "Mais oui, c'est gai de jouer avec ses petites mains..." Comme quoi, hein !

Toujours au rayons jeux, mes parents achètent régulièrement des appeaux pour me faire découvrir le cri des animaux.
Tout a commencé avec un vieil appeau imitant le canard que papa avait acquis pour attirer l'oiseau lors du tournage d'un film !
J'ai tout de suite apprécié, sauf que bon, je m'amusais à souffler si fort que les lamelles ont fini pas être déforméesIls avaient beau me dire de souffler doucement, moi cela m'amusait trop de produire des bruits incroyables jusqu'à ce que le sifflet ne produise plus aucun son. J'vous dis pas les colères qui ont suivie tant et si bien que le happeau a fait l'objet d'un "lancer du poids" de ma part... et qu'il s'est cassé.
Depuis lors, je me suis calmé. Maman a racheté un appeau de canard (qui lui aussi est presque naze), mais aussi de pigeon, de roitelet, de coucou... le dernier en date étant un appeau de sanglier (cendrier, comme j'ai dit la première fois !). Avec celui-là, j'ai battu des records de décibels.

Conclusion : le mot jeu m'évoque plus une tâche ou un devoir qu'un loisir. Etonnant n'est-ce-pas ?

18:12 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Les commentaires sont fermés.