30/07/2004

Chronique 23

(Femmes d'Aujourd'hui N°29 – 1/07/04)

En forêt

Si il y a bien une chose que j'adore, c'est bien promener le chien en forêt avec papa.
Pour moi, la forêt, c'est un drôle d'endroit : on n'entend pas de voiture, juste le vent dans les arbres. Et puis, il y a ces poteaux que papa appelle arbre et qu'il veut absolument me faire toucher. C'est petit ou gros, rugueux (j'aime pas trop en fait), et je n'en connais que la base. Il me dit tout le temps qu'il y a plein, plein d'arbres dans une forêt et qu'ils sont aussi grands qu'une maison. Soit. Je vois pas l'intérêt. Du coup, lorsqu'un arbre a été coupé, papa me fait marcher sur le tronc pour que je me rende compte comme c'est grand et haut... quand c'est debout. Je crois pas avoir très bien compris et puis je m'en f... un peu.
Moi, ce que je préfère, c'est le roulis de la poussette car pour ce qui est de marcher... Ben oui, je suis de nature paresseuse et méfiante (vous l'aurez compris, je crois).
Alors Papa a trouvé un truc pour m'extraire de mon carrosse : il me fait tenir la poussette et dit : "Poussette, tu restes là !" . Je fais alors deux ou trois pas en la poussant puis, malicieusement, je la projette loin pour la faire désobéir. Papa en profite pour l'éloigner encore plus et m'abandonne donc tout seul sur le chemin. "Aaaah, la poussette, s'en va ! Poussette arrête-toi ! Mais qu'est ce que j'ai dis, poussette !". Et je me marre en l'entendant faire le pitre.
Une fois arrêté, papa agite alors mon carrosse pour que je le repère auditivement. Je le rejoins alors et on recommence.
Grâce à ce petit jeu, je marche un peu et j'apprends à m'orienter avec les sons. J'apprends aussi surtout à faire confiance, parce que parfois, je dévie de ma trajectoire, direction le fossé ou un gros hêtre. Bref, je dois écouter les conseils de papa. "Stop!" - "A gauche" - "A droite" - "Ici la poussette !" (...)
Par conséquent, si vous croisez en forêt un drôle de type avec un chien blanc, qui agite une poussette vide en chantant : "poussette, pou-poussette...", et que plus loin il y a un gamin qui rit tout seul et avance à petit pas, ne vous inquiétez pas. On n'a pas fait une journée portes ouvertes à l'asile du coin. Quoi que... à voir parfois la tête des gens que l'on croise... Le ridicule ne tue plus, sinon, toute la famille serait décimée depuis longtemps !

Dans le même ordre des choses, cela fait quelques temps déjà, qu'un de mes jeux favoris est de dire : "Feux rouges ! Feux verts !". Vous l'aurez deviné, le principe est d'interrompre un mouvement lorsque je dis "Feux rouges !" et inversement pour " Feux verts !". C'est tantôt un bon moyen que mes parents trouvent pour me faire avancer lorsque je traîne (par exemple, dans les escaliers pour monter au bain), tantôt un moyen que j'utilise pour, au contraire, faire durer les choses et les rendre plus ludiques. Je mets donc ce jeu à toutes les sauces : pour marcher, manger, m'habiller...et jouer. Evidemment, parfois cela n'arrange pas maman ou papa car quand je décide de dire un peu beaucoup de "feux rouges", cela ralentit encore plus les choses. Mais c'est tellement gai de se figer sur place, de s'arrêter avec une cuillère de bouillie pleine (qui commence à se déverser sur la table sans que je m'en rende compte)...
C'est comme pour tout avec moi : blanc ou noir, positif ou négatif... en fonction de ma sensibilité du moment. Mais bref, j'adore ce jeu qui parfois me fait trembler (littéralement) de plaisir.
Ah oui, au fait : je sais qu'il existe aussi les feux oranges, mais ça m'intéresse moins... Pourquoi des demi-mesures ? Et surtout, pourquoi tant de sérieux dans ce monde que je voudrais comme le pays de Cocagne !

10:41 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

Chronique 22

(Femmes d'Aujourd'hui N°28 – 14/07/04)

Au jour le jour...

Un lundi. Comme souvent, après une bonne journée à l'école, je suis naze et très "contraire" à la maison.
Après mon repas, je m'enferme dans ma "bulle", me balançant dans le fauteuil et répétant inlassablement le même mot. Papa me rejoint pour jouer avec moi. Je veux qu'on tombe par terre (on s'amuse parfois comme cela), mais il refuse : "Non Lou, désolé mais j'ai pas envie aujourd'hui." Je me braque : "J'ai pas envie, j'ai pas envie, j'ai pas envie !", et recommence à me balancer.
Seule ma soif me fait finalement sortir de mon petit monde. Maman qui cuisine m'invite à la rejoindre pour boire là-bas. Décidément, il ont décidé de ne pas me faciliter la vie aujourd'hui. Je suis prié d'y aller par mes propres moyens. Pas de "service livraison". Ils exagèrent à m'obliger ainsi de me déplacer tout seul selon mes demandes. Bon, O.K., j'ai cinq ans, mais je suis différent moi ! Et puis, je vais pas me laisser enlever mes privilèges comme ça !
In fine, j'obtempère en exécutant le parcours du combattant : quitter le canapé ; contourner la table du salon ; éviter ma bascule, atteindre l'angle de la table de la salle à manger ; là, ne pas me cogner contre les chaises ; et enfin, le virage à 90° gauche, vers la cuisine. Mission accomplie. Je suis récompensé par papa qui m'y rejoint et m'invite à m'asseoir sur ses genoux. Je joue à tomber lentement tête en arrière contre le carrelage jusqu'à ce que mon crâne touche le sol, puis j'enchaîne avec des cumulets arrières en l'air où papa ne me tient qu'avec mes bras. Le pied !
Vient l'heure du bain. "Loulou, il veut pas prendre le bain. Le bain, il pleure !". (Comme ça, ils sont tout de suite prévenus que j'ai assez donné pour aujourd'hui). Insistance. Je m'énerve. J'essaye un autre truc : "Dans les bras de maman". Mais maman est fatiguée. Papa trouve la parade : "Monte vite, où je vais t'attraper et te faire des guilis !". J'ai pas le temps de réfléchir et me fait avoir, une fois encore. Mais dès la première volée d'escalier, je me ressaisis : "Non je ne veux pas monter prendre le bain !". Moralité : fin des négociations. Papa me dit calmement que je vais obéir et qu'il n'a pas envie de se fâcher. Je persiste. Alors il saisit ma main et me tire calmement mais fermement. Je résiste.
Découvrant la situation, ma soeur Eva s'excite, croyant assister à un jeu. Elle voudrait qu'on fasse de même avec elle ...et se fait remballer.
Deux minutes plus tard, je suis à bon port. La marée monte dans la baignoire. Papa en profite pour causer avec ma soeur qui boude. "Pourquoi Lou, il peut, lui ?" Il essaye de lui faire comprendre que ce n'était pas un jeu. "Oui, mais il n'y en a que pour Lou !". Il lui rappelle tout ce qu'ils faisaient avec elle au même âge et ce qu'ils font encore, même si c'est vrai que je prends beaucoup de place. Et puis ils lui consacrent parfois une journée rien que pour elle quand c'est possible. Bref, elle doit essayer de voir le positif, et non comparer.
Si je vous dis tout ça, c'est parce que j'écoutais attentivement leur conversation pendant que maman m'aidait à me déshabiller. Régulièrement je disais à maman : "Papa, il parle avec Eva". Faut dire que j'aime bien le ton de papa à ces moments là. J'préfère ça à sa grosse voix.
Une fois réconcilié avec elle, il veut se rendre dans son bureau. Re-crise de ma part : "Le bureau il pleure ! Je veux pas papa dans son bureau. Je veux le bureau dans le bain !". Chouette, à mon tour de recevoir la leçon de papa. Il m'explique qu'il vient de beaucoup jouer avec moi, qu'il a le droit de faire des choses sans moi. Bref, que je dois pas avoir peur.
Moralité ? Un fois encore, ils m'ont bien eu. Je barbotte comme un petit fou dans le bain et Eva est de nouveau positive.
Au moment de me coucher dans mon lit, je dis à papa avec le même ton rassurant que le sien : "Tu vois que tu dois pas avoir peur. Et Eva, elle doit comprendre que papa et maman, ils travaillent dans le bureau". Je suis heureux et m'endors sur le champs.

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Chronique 21

(Femmes d'Aujourd'hui N°27 – 07/07/04)

Le cheval

La semaine passée, je vous parlais de mon relatif inintérêt pour les z'animaux. Il y a cependant une exception : c'est le cheval. Lorsque l'occasion s'est présentée, maman et papa m'ont mis un petit peu sur l'un d'eux : que ce soit à la foire ou chez des amis. J'ai tout de suite aimé me balader sur le dos de ce gros animal qui m'avait l'air si paisible. Et puis, au moins avec lui, ça bouge, ça secoue ...et ça n'hurle pas à mon oreille (comme le mouton*) ! Bon, évidemment, mes parents sont bons pour faire du sport en marchant à côté du cheval, histoire de me rassurer ou qu'il ne me prenne pas l'envie soudaine de descendre. Mais jusqu'à présent, tout s'est toujours bien passé.

Ma plus belle expérience s'est produite à Pâques lorsqu’une certaine Corinne qui lit mes aventures nous a invités parce qu’elle a un cheval super gentil : Choupi.
Un vendredi donc, nous sommes partis avec Eva. J'étais super excité rien qu'à l'idée ! Une heure de voiture plus tard, nous sommes arrivé à un manège.
Lorsqu'on m'a présenté Choupi, j'ai fait "glups" : j’ai soudain réalisé que c’était un truc que je n’avais fait que deux ou trois fois dans ma vie, et encore, sur un manège de foire ou deux minutes dans une prairie. Moralité : panique à bord ! Refus net (comme d’hab. vis-à-vis des nouveautés ou de choses oubliées). "Non, je veux pas…". Pourtant Corinne m’avait l’air plutôt sympa et Choupi, le cheval, pas bien méchant quoi que ma tête arrivait à peine à son ventre. Mais à mon grand étonnement, j'ai senti papa et maman bien décidés à me faire monter sur le canasson. "Allez, mon Loulou, tu ne vas pas faire le bébé Cadum, tu vas monter sur le cheval avec Eva". J'ai pas eu le temps de résister que je me suis retrouvé propulsé sur le dos de l'animal. J'ai bien essayé encore un petit coup avec ma formule magique ("J'ai peur"), mais Corinne, Maman, Papa et Eva (tous en chœur), m'ont répondu avec leur formule à eux : "Tu ne dois pas avoir peur, on est là pour te protéger".
Conclusion, j'ai pas vraiment eu le choix, et c'est tant mieux parce qu'il ne m'a pas fallu une minute pour être complètement à l'aise, et cinq de plus pour apprendre à dire : "hue" et "hooo" auxquels je rajoutais "feu vert" et "feu rouge".
C'était la première fois que je commandais à un énorme animal tout chaud sous mes fesses (on était à cru). J'ai trouvé cela vachement drôle. J'arrêtais pas de dire : "Hue – feu vert", et il démarrait. "Hoo, feu rouge" et il s'arrêtait.
Je me suis mis à crier fièrement dans le manège à l'attention de papa qui me filmait : "Ça va monsieur René* ?" (*qui zozotte)
Lui : "F'est très bien, Petit Fien Courave*".
Moi : "Monsieur René, ou es-tu ?"
Et on s'est amusé ainsi à chaque fois ramener le cheval près de papa.
Quand Eva a commencé à avoir mal aux fesses, je suis resté tout seul sur Choupi. J'en ai profité pour faire le sot, inversant les ordres de départ et d'arrêt.

Au bout d'une heure, j'en ai eu un petit peu assez et ai cédé ma place à Eva.
Faut dire qu'il y avait quelque chose qui m'intéressait plus encore que le cheval : le bruit d'une usine toute proche. Mon éternelle fascination pour les bruits mécaniques et l'apprivoisement de ces sons bizarres. Du coup, j'ai traversé tout seul le manège jusqu'à la clôture pour être le plus près possible de la source sonore. C'était un chouette son, si, si, j'vous assure ! J'y suis resté un bon moment avant de spontanément demander de remonter sur le cheval. Quelques tours de piste plus tard, j'ai eu un bon coup de fatigue et on est rentré à la maison.
Pour sûr, on y retournera et je referai du cheval, ça m'a super plu… Merci Choupi ...et Corinne !

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08/07/2004

Chronique 20

(Femmes d'Aujourd'hui N°26 – 1/07/04)

Les z'animaux et moi

Moi et les z'animaux... C'est bif-bof. Logique puisque je ne les vois pas vivre. Je ne peux donc m'émouvoir devant leur beauté ou m'amuser de leur comportement. De plus, allez m'expliquer que ce sont des êtres vivants tout comme moi. Bref, je l'avoue, les bestioles, ça m'indiffère malgré la présence à la maison de Méga, le chien de papa, et d'une petite chatte. Ma relation avec les animaux se résume donc à des expériences à chaque fois... particulières.

Le mouton

L'année passée, par exemple, j'ai été en "classe verte" dans une ferme spécialement aménagée pour la découverte de la vie à la campagne. 3 jours sans papa et maman qui furent super chouettes, à l'exception d'un petit incident qui m'a profondément marqué. On rendait visite à tous les animaux de la ferme pour les nourrir. Arrivé dans l'étable des moutons, on m'a assis sur le foin près des bêtes, moment qu'a choisi l'un d'eux pour me bêler en plein dans l'oreille. J'vous dis pas comme j'ai sauté en l'air ...et la crise de larmes qui s'en est suivie. Pendant certainement deux ou trois mois, c'était le centre de toutes mes conversations : "Mouton ! Tu ne peux pas faire Bêêêêê !" - "Mais tu (=je) ne dois pas avoir peur du mouton, il est gentil !" - "Bêêê... Petit mouton, tu veux ta maman, petit mouton ?" - "Tu ne dois pas pleurer mouton..." etc... Depuis lors, mon imitation du bêlement de l'animal est parfaite (mon sens inné de la reproduction des sons). ...Au point de corriger ceux qui font stupidement "bêêêê" (façon "cocoricoooo")

Virgule

Un autre moment fort, il y a huit mois, fut l'arrivée de Virgule, la petite chatte. Y'avait bien déjà un chat, Fritz, mais il est mort l'été passé. J'sais pas ce que ca veut dire "mort", mais en tout cas, il est plus là. Alors, à la demande d'Eva, Maman et Papa ont repris un chaton (en se disant aussi que ce sera bien pour moi !). Au début, Virgule voulait tout le temps me sauter dessus quand je me balançais sur ma bascule ou dans le fauteuil : j'appréciais pas vraiment. Bref, ce fut pas vraiment l'amitié entre nous, bien qu'aujourd'hui je me laisse convaincre de la caresser quand on me le demande (il faut certes insister, mais je le fais).
En fait, je me moque pas mal de la petite chatte, sauf quand elle se manifeste de façon rigolotte.
Un jour, en me conduisant à l'école, Papa l'a prise pour aller faire ses premiers vaccins chez le vétérinaire. Dans la voiture, Virgule pleurait tout le temps dans son panier-cage. Alors, j'ai été tout mignon. Durant tout le trajet, je lui ai parlé : "Tu ne dois pas pleurer, petite Virgule... Tu ne dois pas avoir peur... C'est juste une petite piqûre..." En la matière, j'en connais un bout, puisque tous les soirs, j'ai droit à ma piqûre d'hormones (que j'accepte de bonne grâce).
Et puis, il y a ce jour où j'ai été pris d'un fou rire à cause d'elle. J'étais dans mon bain lorsque j'ai entendu tout d'abord un "plouf", puis maman qui s'est exclamée : "Mais... Virgule ! Qu'est ce que tu fais là ?". Elle a ri et m'a expliqué : Virgule était tombée, non pas dans le bain (c'était déjà fait la veille), mais dans la cuvette de la toilette. Je me suis mis à rire, mais rire ! Moi : "Virgule dans la toilette ! Bah... Enfin Virgule !".
Ainsi donc, comme je le disais dans l'introduction, les animaux ne m'intéressent qu'à partir du moment où j'entends les gens autour de moi réagir face à eux : que ce soit quand ils sont drôles ou quand on les gronde (j'adore enguirlander Virgule dans mes petits monologues : "Virgule... Virgule ! Ça suffit !").

A tout cela, il y a cependant une exception dont je vous parlerai la semaine prochaine : les chevaux.

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06/07/2004

Chronique 19

(Femmes d'Aujourd'hui N°25 – 24/06/04)

"Ombre et lumière"

"Ombre"


Souvent, dès qu'on s'occupe pas de moi, je suis dans ma "bulle", comme dirait maman ou papa. Que ce soit dans mon bain, sur ma bascule ou ailleurs. Ces moments sont caractérisés par de grands monologues où je dis un tas de choses : je "balance" tous les mots que je connais, et en particulier ceux qui m'ont éveillé des émotions. Je fais en quelque sorte, mon propre débriefing.
Ces propos n'ont pas toujours l'air cohérents quoique parfois, en m'écoutant bien et en analysant mon discours, on y entend d'étonnants transferts.

A titre d'exemple, il y a eu cette période où j'avais horreur que papa travaille dans son bureau, car cela voulait dire qu'il n'était pas disponible pour moi. J'en ai fait de ces crises pendant plusieurs semaines ! Heureusement, aujourd'hui c'est fini (Ouf pour papa qui avait du mal à écrire des histoires en m'entendant hurler en bas).
A l'époque donc, mécontent de son indisponibilité, je finissais pas me "défouler" verbalement dans le bain. Ayant compris qu'un objet cassé ne peut plus être utilisé, j'imaginais le bureau de papa cassé, comme cela il serait disponible pour moi. Ça donnait le monologue suivant : "Papa, le bureau, il était cassé... Lou, il est cassé. -un temps- Mais non, Loulou, il est pas cassé ! Le bureau, il est cassé. Il est cassé mon bureau... euh... Non, Papa, il va descendre du bureau. -un temps- J'en ai marre de te voir parler du bureau".
Le message est clair, non ?

Je reconnais que papa a choisi un exemple clair, parce qu'en général, lorsque je suis dans ma bulle, mes propos sont plus incompréhensibles. Le principe est simple : pourvu qu'il y ait un sujet, un verbe et des compléments, c'est bon. Je passe du coq à l'âne, alignant les phrases les unes derrière les autres. Ça donne un "truc" dans le genre : "Mais c'est plus tard que cela... Il faut voir dans l'eau froide. Ca évolue par contre… Non, je dis non ! Mais je vais chercher le bois dans les trucs. Mais par contre, ça va durer jusqu'à la mer. C'est pour les travaux..." (et ainsi de suite).
Bref, ne cherchez pas comprendre, c'est juste pour le plaisir de papoter... et sans doute aussi pour imiter les grandes personnes

…Et "lumière"

A l'inverse, il y a les moments de "lumière" où je suis très attentif, comme un matin en voiture où papa écoutait les infos à la radio en nous conduisant, ma soeur et moi, à l'école.
Soudain, il s'est exclamé : "Ouaiiiis ! Génial !". Eva a alors demandé pourquoi il était content. Il lui a expliqué qu'une Nigériane, Amina, venait d'être sauvée de la lapidation, grâce, entre autres choses, à la mobilisation internationale et une pétition d'Amnesty International que lui et maman ont signée comme dix millions de personnes. Tout cela était un petit peu compliqué pour moi, mais j'écoutais. Papa a raconté à Eva l'histoire d'Amina, condamnée pour avoir eu un enfant hors mariage. Il a expliqué la charia et la lapidation. Même pour ma soeur, cela semblait très compliqué et absurde : tuer quelqu'un en lui jetant des pierres jusqu'à ce que mort s'en suive !
Alors papa a utilisé des mots simples : "C'est parce que beaucoup de gens ne savent pas pardonner et sont malheureux. Et quand on est malheureux, on est enclin à être méchant, à ne pas supporter la différence, à se venger. C'est pour cela que le monde est ce qu'il est : il y a plein de gens malheureux".
A peine l'explication terminée, j'ai répété la question d'Eva : "Papa ? Ça veut dire quoi lapider ?"
Passé la surprise, papa m'a pris au jeu : "Ça veut dire quoi lapider, Lou ?". Et j'ai tout simplement répondu : "C'est quand on est méchant, qu'on jette des pierres parce qu'on est malheureux".
Je vous en bouche un coin, hein ?

10:56 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |