27/05/2004

Chronique 14

(Femmes d'Aujourd'hui N°20 – 19/05/04)

Mes nuits

Un vilain cauchemar


Il y a quelques mois, j'ai fait un vilain cauchemar . Je pleurais en appelant papa. Ça ne m'arrive pas souvent... une fois par mois... (Par contre, toutes les nuits, je rêve en parlant tout haut et en m'agitant dans mon lit). Ben oui, j'ai beau être aveugle, des "images" et des histoires "à ma façon" se créent dans mon esprit pendant mon sommeil ! Sans doute un peu à la façon de "Tron" (le film des studios Disney) puisque je n'ai pas la représentation visuelle des choses (cfr. la photo que papa a bidouillé pour cet article).
Papa (il me l'a dit pour me consoler), il pense que cela ne doit pas être facile pour moi de distinguer le réel du rêve, et qu'une des clés pour me faire progresser dans la compréhension de la vie, c'est de bien me faire comprendre la différence. Alors il a d'abord cherché à ce que je lui raconte mon cauchemar... Mais c'était trop difficile pour moi. Du coup, l'émotion est remontée (sa présence m'avait déjà rassuré), et tout d'un coup, j'ai à nouveau pleuré un petit peu. Ca m'a fait du bien, surtout que papa, il me faisait plein de câlins. Il m'a expliqué que le rêve (ou le cauchemar), c'est pas la vraie vie, c'est ma tête qui évacue les émotions accumulées... Et que donc, si quelque chose ou quelqu'un de méchant m'a fait peur ou mal dans mon rêve, c'est pas la vérité et la vraie vie. Je lui ai répondu par ma comptine qu'on a inventé avec maman : "Tu ne dois pas avoir peur". Il a chanté la deuxième voix avec moi (j'adore les deuxièmes voix)... Je me suis détendu... j'ai dit à papa : "papa et maman, ils sont là pour protéger Loulou !" et me suis rendormi rassuré

Mes « raves » nocturnes

Je fais donc rarement des cauchemars. Par contre, j’adore faire des fêtes dans mon lit en pleine nuit. Ça me prend comme ça, par période, sans raison apparente : 4 heures du mat., et hop, je pète la forme !

Une nuit, ce fut le tour de papa de venir me dire gentiment qu'il fallait dormir. Je lui ai répondu aussi sec : "J'ai pas envie !". Il m'a dit que je serais crevé le lendemain, que c' était la nuit, et que si je voulais pas dormir, je devais quand même laisser les autres dormir.
Faut dire que je chantais à tue-tête : "les fan- les fantômes" d'Henri Dès, en faisant des percus avec mes pieds contre le tableau d'éveil Fisher Price qui est accroché depuis que je suis tout petit aux barreaux de mon lit (vous savez, ce panneau en plastic où il y a : un disque de téléphone qui fait "crrrr", un rouleau qui fait comme un bâton de pluie, un petit lapin et une tortue qui font la course quand on les glisse sen faisant "tac-tac-tac-tac-tac", une sonnette etc...).
Moi j'adore ce truc, c'est une référence spatiale dans mon lit. Et puis je fais presque toutes les activités créatives... les yeux fermés (ben oui!), et avec les orteils, s'il vous plaît.
Parfois aussi – comme cette nuit là par exemple-, je l'utilise comme percussion en shootant dedans. J'vous jure que le résultat est pas mal : genre boîte à chaussure avec des billes dedans qu'on secoue. A quatre heures du mat., dans le calme de la nuit, je vous assure que le son en vaut la peine.
Bref, papa m'a dit d'essayer de dormir et surtout de ne plus faire de bruit. Ce que je.
Le matin, quand papa s'est levé, il m'a entendu chantonner discrètement. Ben oui, le message était passé. Quand il est arrivé dans la chambre, on s'est fait une partie de "fauteuil qui pleure" (*les guili-guili), en alternant les rôles. Car nouveauté dans le domaine, je fais aussi des guili-guili aux autres maintenant. (En réaction, mes parents rient et en remettent une couche je le sais bien, mais j'aime les entendre se marrer.)

09:57 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

17/05/2004

Chronique 13

(Femmes d'Aujourd'hui N°19 – 12/05/04)

Les gros mots

Emotions et "lumière"


De retour de l’école. Une journée bien remplie. Fatigue et émotions m'emplissent le coeur. Mon chagrin est inconsolable, mes propos confus. Papa et maman n’en comprennent pas la cause. Puis soudain, la "lumière" dans ma tête : j'enchaîne les mots et les dialogues avec maman et papa comme jamais auparavant : "Lou, il pleure. (...) Loulou, il doit pas pleurer. Loulou il peut pas dire de gros mots sinon Marie-Anne se fâche" (sa maîtresse). Maman (qui a compris) : "C'est juste, mon Loulou et Marie-Anne, elle a raison". (Ma tristesse disparaît peu à peu) Moi :" Oui, je dois bien obéir à Marie-Anne, Marie-Anne elle est gentille. Mais elle sa fâche quand je dis des gros mots. Alors, je peux pas dire des gros mots. C'est comme papa et maman qui se fâchent quand Loulou, il est pas sage. (NDL: texto :) A propos, je dois bien jouer avec mes petites mains(*) avec Marie-Anne, sinon, je suis un bébé Cadum !". Papa se retient de rire : "C'est exacte, parce que Marie-Anne, elle a plein de choses à t'apprendre.". Moi: "A ce propos (NDL: re-sic!), je dois pas avoir peur. Je dois faire confiance à Marie-Anne. Je dois bien apprendre pour ne plus avoir peur". -un temps- "Marie-Anne, Maman et papa, ils sont là pour me protéger. C'est pour cela que je dois pas avoir peur". (Je suis tout sourire et j'étreints papa) "Je t'aime, mon papa !" Papa: "Moi aussi je t'aime, et c'est pour cela qu'on t'aide à ne plus avoir peur. Au plus tu apprendras de choses, au moins tu auras peur".
Je finis en faisant des doudouces sur le visage de papa et maman. Retour dans le positif. Mes émotions sont évacuées... je suis tout roudoudou, tout joyeux. La vie est belle et je sais très bien que Marie-Anne, papa et maman, ils m'aiment très fort et qu'ils font les choses pour mon bien

Merde = craque-boum-zute-flute !

L’origine de ce gros chagrin ? Vous l’aurez compris : les gros mots.
Une maladresse ? Et hop, Papa ou les autres en prononcent un. C’est comme ça que j’ai découvert le fameux mot. Il n'en a pas fallu plus pour que je l’enregistre dans mon petit disque dur. Du coup, j'ai commencé à le dire très souvent, comme un jeu et à toutes les sauces : façon "Petit chien courage"(*), à la manière de Monsieur René (*) etc. Le plaisir de la transgression. Ben oui, je ne voyais pas pourquoi les autres pouvaient et moi pas... Puis, d'une certaine façon, M... est synonyme de soucis, c'était donc une manière pour moi d'apprivoiser la "tension" du moment (On ne le dit quand tout va bien, hein ?).
Mais comme d'hab., j'ai un peu exagéré aussi, je le reconnais. Cela m’amusait tellement qu’à l’école, je n’arrêtais plus de le dire sans raison. Evidemment, tout comme mes parents, ma maîtresse (que j’adore) ne m’a pas laissé faire. Papa et maman ont bien essayé de me l’interdire, mais moi, je contournais l'obstacle en jouant : (moi): "Merde !" - (toujours moi) -"Mais, petit Lou, tu ne peux pas dire merde !" (etc.).
Depuis lors, mes parents ont trouvé la parade : ils me disent que je dois dire "flute" ou "zut" ou bien encore (ça m'a bien fait rigoler) : "Craque-boum-zute-flute !". Ce qui fait que pendant un temps, j’ai transformé mon jeu en disant : "On ne peux pas dire merde, on doit dire craque-boum-zute-flute !". Enfin, toute la famille a surveillé son langage même si parfois, j'entends encore ce mot qui me fait réagir instantanément : "Hein, hein, hein, maman a dit un gros mot !". Et de demander alors une justification : "Maman, est-ce qu’on peut dire des gros mots ?". Et mes parents en chœur, de répondre : "On doit essayer de ne pas en dire". Moi (malicieux) : "Et on peut dire… merle ?"

* voir chroniques précédentes.

12:02 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

06/05/2004

Chronique 12

(Femmes d'Aujourd'hui N°18 – 5/05/04)

Les bruits de la vie

Mes talents d'imitateurs.


J'adore par dessus tout inventer, créer ou reproduire des sons. Faudrait même qu'un jour papa, il en parle à ses copains bruiteurs de films (je blague, parce que pour cela, je devrais être capable de travailler en voyant les images !). Figurez-vous, que j'imite à la perfection (entre autres choses) le bruit de la tondeuse à gazon et celui du taille bordure. Vous remarquerez la précision : ce sont deux sons très distincts ! Dès que j'entends une tondeuse dans le quartier (même à deux cents mètres), je veux aller au jardin pour l'écouter... De la raison des crises quand l'herbe est mouillée (rappelez-vous la seconde chronique).
La plus belle anecdote en ce domaine remonte à un dimanche, il y a six mois environ.
Cela faisait une semaine que nos voisins aménageaient leur cave : nettoyage, peinture, forage etc... . Dimanche donc, le voisin me voit revenir du marché avec papa et vient me saluer : "Bonjour, Monsieur Lou" (je le reconnais tout de suite à son accent hollandais) ...et je ne réponds pas ! Papa : "Lou, tu dis bonjour à Geert ?" Ma réponse : "Vrrrouiiiiiiiiiiiiii" (onomatopée). Geert (gentil): "Tu en fais de beaux bruits". Papa ("TILT" dans sa tête) : "Lou, c'est quoi le bruit que tu fais?". Moi :"J'imite les travaux". Et effectivement, je venais d'imiter à la perfection le bruit de la foreuse attaquant une pierre et que l'on entend à de l'autre côté du mur (Je suis sûr, cher lecteur, que ce son particulier vous revient tout de suite en mémoire). Papa avait bien deviné et Geert en était scotché !

La porte qui grince

J'aime tellement les sons, qu'il y a peu, un de mes "trips" était de me mettre dans le vestibule et d'y rester longtemps à faire grincer la porte menant au living. Faut dire que papa n'avait plus mis d'huile depuis longtemps et qu'elle faisait de superbes bruits selon que je la fasse bouger lentement ou très vite. Un vrai château hanté. C'était génial et je m'amusais comme un petit fou :
Moi : "Porte, tu ne peux pas faire oooouuuuiiiiiiii !" Puis je faisais grincer la porte et me fâchais encore plus fort : "Porte ! Qu'est-ce que j'ai dit ! Tu ne peux pas grincer!" ou "Tu ne peux pas pleurer!"(etc...) . Le problème, c'est que la voisine était réveillée par le bruit de la porte quand maman et papa, ils rentraient tard le week-end (ils aiment bien faire la fête et décompresser le w-e). Du coup, maman (oui, maman ! Bravo, papa!), a mis de l'huile dans les gons. Drame ! J'ai piqué une de ces colères... J'étais triste à l'infini et je disais : "La porte, elle pleure parce qu'elle ne grince plus !". Ma tristesse a duré deux ou trois jours ! Alors, mes parents ont trouvé la parade et m'ont dit : "Tu vois, la porte, elle ne pleure plus... Ca veux dire qu'elle est contente ! Elle aimait pas grincer". Ils m'ont bien eu !
N'empêche, qu'avec un tel argument, ils ne sont pas sortis de l'auberge pour m'expliquer qu'un fauteuil, une chaise, une table (...), ça ne vit pas comme nous les humains, ou les animaux. Faut dire à ce propos que j'ai une furieuse tendance à soit opérer un transfert de mes sentiments sur les objets, soit à avoir difficile de distinguer le "vivant" du "matériel". Ben oui, qu'est ce qui est "vivant" entre : une télévision, un enregistreur, un lecteur de CD, ma peluche éléphant contenant une puce électronique qui lui fait répéter tout ce qu'il entend, une voiture, les éléments (le bruit du vent, de la pluie etc.), et le bruit de la vie (les animaux, les humains) ? Tous font du bruit et donc, d'une certaine manière, vivent à mon oreille.
Pas simple la vie sans la vue, je vous jure, mais si riche en sons !

14:12 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |