29/04/2004

Chronique 11

(Femmes d'Aujourd'hui N°18 - 29/04/04)

Ça marche !

N'ayant pas la vision pour me motiver, j'ai commencé à marcher à quatre pattes vers deux ans... J'avais pas trop envie, je préférais vivre de son. Et puis, il y avait la trouille. Mettez-vous à ma place !
A peu près en même temps, j'ai commencé à marcher en donnant la main (cahin, caha) à "mon guide" (maman, papa ou quelqu'un en charge de me prévenir de tous les obstacles : une marche, un mur, une porte, un escalier...). Il a fallu que j'apprenne l'équilibre aussi. Et je vous jure que sans la vue, c'est pas évident !
C'est ainsi que, finalement, j'ai marché de façon "autonome" vers mes trois ans (parce qu'il fallait bien et qu'on m'y obligeait !). Aujourd'hui, je commence à prendre plus d'assurance et d'initiatives dans les lieux que je connais... mais j'oublie souvent de mettre mes mains devant moi. Petit à petit, on me donne à l'école une "pré-canne". C'est un drôle de truc comme un manche d'une tondeuse à gazon (donc un arceau), sauf qu'à l'extrémité, il y a un rouleau qui roule sur le sol. Cela m'apprend à "sentir" les obstacles par le biais du "manche". Enfin, il faudra attendre que je sois grand pour me donner une vraie canne et que je sache l'utiliser. Il faudra surtout, que j'en sois capable intellectuellement, que je réfléchisse un petit peu plus dans ma petite tête, parce que si ça devait être comme aujourd'hui, je m'en moquerais et abandonnerais ma canne n'importe où.

Comme je me déplace parfois tout seul, il est important que rien ne traîne à terre dans la maison et que les choses se trouvent toujours à la même place (comme ma bascule par exemple). Une chaise oubliée en retrait de la table ? "Et bardaf, c'est l'embardée" (en hommage au génial et regretté Manu Thoreau). Une balle de tennis oubliée par le chat ? "Et zip!". La chienne couchée n'importe où ? "Kaï Kaï Kaï" quoiqu'à la longue, elle a compris : même si elle dort, quand elle m'entend arriver, elle dégage aussitôt.
Bref, c'est bizarre, mais tous les membres de la famille (y compris mes soeurs), qui étaient plutôt bohêmes, sont devenus de supers rangeurs ! Hé, hé, hé !

A propos de ma mobilité, Papa rêve qu'un jour les chercheurs pensent aux millions d'aveugles et malvoyants dans le monde (100.000, rien qu'en Belgique - c'est dire s'ils sont nombreux terrés chez eux !). Ce serait génial de développer un GPS encore plus précis (on y vient), mais surtout, qu'on crée des appareils adaptés à nous : avec lequel nous pourrions parler et qui nous répondrait, par exemple : "vous vous trouver rue Dupont". Ce serait la révolution pour nous tous !

Toujours à ce propos, ce serait chouette si tout le monde faisait un réel effort pour ne pas se parquer sur un trottoir ou un angle de rue ... Il nous arrive souvent, à papa ou maman avec moi, de devoir descendre dans la rue parce que quelqu'un de "pressé" ou "inconscient" se parque mal (comme lors du marché de Boitsfort le dimanche matin où on ne va pas me dire qu'on ne peut pas faire cinquante mètres de plus à pied). Et puis il y a ces chantiers publiques, où de plus en plus, vu le principe d'appel d'offres publique, les sociétés ne font plus rien pour sécuriser les piétons. Les spécialistes (observez bien et vous verrez que j'ai raison), sont ceux qui travaillent en sous-traitance pour les grandes compagnies d'électricité ou de télécommunication. Papa, il leurs a bien écrit, mais il n'est pas Premier Ministre (et il a pas envie de le devenir).

Conclusion : pensez à nous, aux autres... et vous verrez que le monde ira mieux. A force de faire plaisir (et attention aux autres), on vous rendra la pareille et le monde changera !
Bisous. Lou.

18:29 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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