25/03/2004

Chronique 6

(Femmes d'Aujourd'hui N°13 - 24/03/04)

Lou... et Loup

C'est un gag... mais bon ! Figurez-vous que lorsque mon papa et ma maman, ils m'ont donné mon prénom (Lou), il n'avaient pas imaginé que je serais aveugle. Ils ont bien détecté tout de suite qu'il y avait un problème, mais ils ont eu le diagnostic après 4 mois d'examens en hôpital. - un très mauvais souvenir pour eux et pour moi : je vous dis pas (p ex.) le bruit de la Résonance Magnétique -.
Enfin bref.

Il se fait qu'outre la musique, un de mes passe-temps favoris depuis que je suis tout petit est d'écouter des histoires préenregistrées. Re-gag : j'entends un conteur me parler de méchant Lou(p) dans "Le loup et les 7 petites chèvres", "les trois petits cochons", "Pierre et le loup"... Alors, pour éviter toute association erronée (Lou / Loup ...méchant), papa et maman ont passé beaucoup de temps à m'expliquer que j'étais un petit garçon et non l'animal. Ben oui, sans image, c'est pas évident pour moi de faire la distinction, même s'il est vrai que cela ne semble jamais m'avoir perturbé.
"Et puis, un loup, c'est pas nécessairement méchant" qu'ils disent mes parents. J'crois que c'est entré dans mon disque dur, d'autant qu'on a ...un chien loup (samoyède) qui n'arrête pas de manger tout ce qui tombe de la table lors de mes repas.

Les histoires

J'adore donc écouter des histoires "audio" avec en tête du hit-parade : "Les aristochats" (par De Funes), "Colargol" (souvenir de jeunesse de maman), et les contes lus par Marlène Jobert. Mes lecteurs de cassettes ou de C.D. doivent m'accompagner partout ou presque : ils rythment mes repas et mes loisirs à la maison (je suis capable d'écouter cent fois le même truc, et plus dingue, deux ou trois sources sonores en même temps : un conte, des chansons et les dessins animés qu'Eva regardent le soir à la télé avant le souper).

A force, j'ai très vite commencé à imiter des voix entendues. Car avec moi, question audio, rien ne m'échappe : j'ai pigé que c'est, par exemple, Marlène Jobert qui fait toutes les voix des personnages. Y suffit donc de changer d'intonation, d'y mettre l'un ou l'autre accent pour être Boucle d'or, Papa ours, Maman ours ou bébé ours, ou encore, une des petites chèvres, le Loup etc.
Et puis, j'adore les voix spéciales comme celles du personnage d'un dessin animé préféré d'Eva : le Petit Chien Courage. J'ai "flashé" sur lui car je le trouve drôle et qu'il me ressemble : il a tout le temps peur et, à ces moments là, il fait : "beloubeloubeloubelebele" très très vite. Ca me fait beaucoup rigoler !
Si mes imitations (p. ex. de Mr René qui zozotte*) ne sont pas nouvelles, ce qui est nouveau, c'est que je passe d'un personnage à l'autre en essayant de raconter quelque chose qui ait de la gueule. Ça donne un truc dans le genre une conversation entre Monsieur René et le Petit Chien Courage. Pour l'un, je prends mon ton le plus grave possible en zozotant, et pour l'autre, je prends une petite voix fluette.
Ah que c'est gai !

A ce propos, je me fais souvent passer pour le petit chien courage et j'en profite pour transgresser les choses que je peux pas faire ou dire : des renvois, des gros mots etc... Puis je dis (faussement fâché) : "Petit chien courage, tu ne peux pas faire de renvois !" (et j'en profite pour en refaire un !). "Plus mieux", j'en profite pour faire porter mes peurs sur le dos du Petit Chien Courage.
Car des peurs, j'en ai un sacré paquet. Elles concernent tout ce qui a trait à la nouveauté ou l'inconnu... c'est à dire tout ce qui touche à l'apprentissage.
Ça vous donne une petite idée du combat éducatif que me livrent ma maîtresse et mes parents, mais ça, c'est une autre histoire...

11:14 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/03/2004

Chronique 5

(Femmes d'Aujourd'hui N°12 - 17/03/04)

Ma tribu

Cette semaine, je voudrais vous parler de ma famille, car il n'y a pas que moi et papa : il y a aussi maman et mes deux grandes soeurs. Et ces trois là, méritent un immense hommage, moi je vous le dis !

Honneur à Eva (9ans) d'ouvrir cette galerie de portrait. Tout d'abord, parce que je dévore presque tout le temps libre de mes parents et qu'elle en paye les frais. Ensuite parce que du haut de ses 9 ans, elle comprend les explications de papa et maman à propos de la place imprévue que j'occupe dans la famille. Enfin, parce qu'elle a un coeur d'or : il arrive souvent, lorsque je me fais mal, me cogne, ou lors d'une colère, qu'elle se précipite vers moi pour me consoler. Mais à ces moments là, je ne me contrôle plus, j'en veux au monde entier et en particulier à la première personne qui vient à mon secours. Du coup, je mords, tape, griffe... Pauvre Eva ! Et malgré tout ça, elle fait le gros dos, continue à s'occuper de moi (elle enregistre même des histoires qu'elle invente sur une cassette audio, rien que pour moi). Bref, elle est géniale !

"Au dessus" d'elle, il y a Mathilde, ma grande soeur. Elle habite une semaine sur deux chez nous (l'autre semaine, c'est chez sa maman). J'comprends pas très bien le truc ("une autre maman?"), mais en réalité, c'est pas grave. Je l'aime bien aussi : elle est super intelligente et créative. Et puis, du haut de ses 15 ans, elle a une maturité à en boucher un coin à plus d'un. A l'école ou ailleurs, quand elle parle de sa famille, elle dit si simplement et avec un tel naturel qu'elle a un petit frère handicapé mental et aveugle, qu'il est arrivé qu'on lui réponde : "Hé, c'est pas vrai... parce que si c'était vrai, tu le dirais pas comme ça !".
Les gens sont bizarre quand même ! Comme si il fallait cultiver le malheur et ses souffrances. J'vous dis pas les réactions que reçoivent souvent mes parents lorsqu'ils expliquent mon handicap : "Mon Dieu ! " ou "C'est affreux!" ou "C'est terrible!" (sic!) etc...

Enfin pour terminer la galerie de portrait, il y a maman-superstar. Car outre le fait qu'il faille s'occuper de moi du lever au coucher du soleil (quand je suis pas à l'école), elle a son métier, la vie de famille, ...et la vie avec papa (je les entends faire la fête avec des amis à la maison certains soirs, ou me confier à une baby-sitter et rentrer aux petites heures). Il n'y a pas à dire : maman, c'est de l'énergie pure, et l'optimisme à l'état brut. Elle est dévouée comme c'est pas possible avec moi. Elle a une patience infinie et trouve sans cesse des idées créatives pour m'éveiller au monde. Et puis c'est elle qui fait ma piqûre d'hormones tous les soirs (papa il a peur de faire ça). Bref, c'est la maman la plus géniale de la terre. Je tenais à ce que soit dit, parce que mon papa, c'est un bavard... et comme c'est lui qui écrit cette chronique, il parle souvent de notre relation à deux.

Une recette ?

A lire tout cela, vous devez vous demander : "Mais comment font-ils pour tenir le coup, tes parents?". Et bien, malgré que vous n'êtes pas au bout de vos surprises (il y a encore un tas de choses à vous raconter !), mon papa et ma maman, y sont heureux, je vous jure ! Parce qu'ils s'aiment. Tout simplement. Et comme ils sont très amoureux, ils aiment les fruits de leur(s) amour(s) : moi et mes deux grandes soeurs. Ceci dit, c'est vrai, c'est pas facile tous les jours... Il y a les coups de blues, les coups de fatigue, mes moments de régression, les découragements... surtout du côté de papa. Mais ça, c'est la vie. Finalement, il n'y a pas de recette si ce n'est de soigner et entretenir l'amour en se donnant à l'autre.

09:48 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/03/2004

Chronique 4

(Femme d'Aujourd'hui N°11 - 10/03/04)

La musique et moi...

Même si cela peut paraître évident pour un aveugle, la musique et moi, on est pote ! Bon O.K., j'ai de qui tenir avec des parents qui aime tous les genres musicaux et qui en écoutent très souvent.
Tout petit déjà, j'étais donc bercé par les disques et cassettes pour enfant de mes soeurs, la variété française ou anglo-saxonne, le jazz, le rock, la musique classique, bref, l'éclectisme total. Aujourd'hui, la musique doit m'accompagner partout ou presque : elle rythme mes repas et mes loisirs à la maison. J suis capable d'écouter deux ou trois sources sonores en même temps : une histoire audio sur mon lecteur perso, une musique sur la chaîne hi-fi, le tout pendant que mes soeurs regardent un film à la télé ! Ben ouais, ça meuble le silence !

Le premier chanteur sur lequel j'ai flashé, ce fut Dick Annegarn ( vous savez : "Bruxelles ma belle", "Sacré Géranium" etc. ). Mes parents, ils ont repéré tout de suite mon sourire "banane" lorsque je l'ai entendu pour la première fois. C'est à peine si je n'ai pas prononcé son nom avant même celui de mes soeurs ! Mieux encore, je l'ai chanté a cappella dès mes deux ans et demi. Et la note juste s'il-vous plaît ! Faut dire que lorsque je jette ainsi mon dévolu sur une musique, je suis capable de l'écouter en boucle des mois et des mois durant. Y'a donc largement le temps de la graver dans mon disque dur.
Juste après, y'a eu ma période Gainsbourg (ses premiers disques). "Juke box, juke box, je claque des doigts devant le juke box". Le jour où maman m'a expliqué que la rythmique de cette chanson se faisait en claquant des doigts, je me suis immédiatement laissé faire pour qu'elle me montre la technique. Un comble si je vous dis que c'est un combat permanent avec moi pour essayer de me faire toucher et manipuler des choses avec mes mains. Et bien là, il n'a pas fallu insister et il ne m'a pas fallu longtemps pour que je le fasse ! Si du haut de mes trois ans, ça ressemblait plus au frottement léger d'un tissu, je peux vous dire qu'aujourd'hui, le King du clac, c'est plus Elvis ou Gainsbourg, mais moi ! Ça me prend, comme ça, par moment : il suffit que le rythme me démange le bout des articulations, et hop, c'est parti !
Après Gainsbourg, je suis passé à ma période du "trio" Benjamin Biolay, Keren Ann et Coralie Clément.
J'ai donc, au fil des années constitué ma petite discothèque perso que je réclame au gré de mes envies du moment : "J'aimerais... euh... Les Négresses Vertes" ou bien Vincent Delerm, ou Tam Echo Tam (...) Mais ne croyez pas que je prends tout ce qui vient, hein ! Par exemple, avec William Sheller que papa aime beaucoup, j'accroche pas. Allez comprendre ! Côté anglo-saxon, j'adore particulièrement Coldplay que je chante en improvisant mes propres paroles genre la litanie de toutes les personnes que je connais.
Enfin, il y a aussi les "tubes" du moment (ô drame pour papa) que je découvre à la radio pendant le trajet de l'école. Ben oui, j'échappe pas non plus au matraquage médiatique. Dès que j'entends une nouvelle zigue qui me plaît, j'entame (après le premier couplet et le premier refrain) ...une seconde voix !
Du coup, quand elle sent que j'accroche à une chanson, maman m'achète le single. Cet été, elle m'a offert "Chiwawa". Je le leurs ai fait passer en boucle, jusqu'à l'écoeurement !
Aujourd'hui, c'est au tour de "La Bamba". Faut dire que je suis en pleine période latino en ce moment avec "Trio esperança do Brasil" (trois madames qui chantent a cappella), et "Brasilero" (dont je reproduis les mélodies complexes sans accompagnement).

Dernier détail, je suis le roi du "blind test" : mettez-moi la première note de musique d'une chanson que je connais, et je vous dis tout de suite le nom du chanteur.

10:28 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/03/2004

Chronique 3

(Femme d'Aujourd'hui N°10 - 03/03/04)

Les Papous

Je vous disais donc la semaine dernière que j'étais différent dans ma tête... C'est un euphémisme ! Disons que je me complais souvent dans mon petit monde, fait de gestes répétitifs et de mots qui me plaisent ! Ben ouais, à défaut de vision, les sons prennent une place fondamentale dans ma vie. Et de la même manière qu'un petit enfant passe beaucoup de temps à observer les autres et à reproduire leur comportement, moi, je fais ça avec les sons. Peu importe le sens des mots pourvu que ce soit amusant et que "ça sonne bien" !
C'est ainsi qu'au hit parade de mes jeux de mots préférés, il y a les Papous. Vous savez cette comptine qui parle des Papous qui ont des poux.
Cela remonte à il y a trois ans déjà - j'en avais alors deux -. C'était en voiture. Ma grande soeur Mathilde a eu le "malheur" de me lire le texte pour m'occuper (...a part le bercement de la voiture -que j'adore- j'ai pas grand chose d'autre à y faire). Donc elle a commencé : "Chez les papous, il y a des Papous et des pas Papous. Chez les papous, il y a des Papous papas et des Papous pas papa. Chez les Papous, il y a des poux. Il y a donc des Papous papa à poux, des Papous papas pas à poux, des Papous pas papa à poux et des Papous pas papa pas à poux....(etc.)".
Conclusion : j'ai été pris d'un fou rire... et il a fallu me répéter et me répéter encore la comptine. Et même encore parfois aujourd'hui, trois ans après !
Imaginez par exemple la tête de papa lorsque de grand matin, au sortir du lit, au lieu de lui dire bonjour, je lui sors tout de go : "Chez les papous... A papa de faire les Papous !" (car en plus, je suis paresseux malgré une intelligence prodigieuse). Je suis un petit peu comme "Rainman" (l'autiste interprété par Dustin Hoffman) : j'ai mes lubies, mes obsessions, mes marottes et mes petites habitudes contre les quelles, je le sens bien, papa et maman tentent de mettre un frein, ou tout le moins, desquelles ils essayent de me sortir.
En fait, j'ai une sensibilité telle que je détecte, au simple timbre de la voix, si l'approche que l'on a vis-à-vis de moi est ludique ou non. Si c'est oui, on est copain, si c'est non, je me braque (colère, refus, ignorance de l'autre). Ben oui, mettez-vous à ma place : je vois pas pourquoi je prendrais pas mon pied dans la vie. Les trucs négatifs et les contraintes ont donc le même effet sur moi que sur une huître à l'approche d'un prédateur.
Le problème, c'est que papa et maman, ils n'ont pas toujours le temps de tout tourner en jeu et à l'humour

La Terre et les pays !

Comme il en a eu un peu marre des "papous à poux et des Papous pas papa à poux pas papa", mon paternel a tenté de m'expliquer la Terre et les autres pays... Je savais que j'habitais telle commune, dans telle ville, en Belgique (je connais même mon adresse), mais j'ignorais qu'il y avait des tas de pays et que la Terre était si grande. Papa m'a donc cité les pays du monde et le nom des habitants de chacun d'eux.
Aujourd'hui, je peux vous dire que les habitants de Monaco sont des monégasques, qu'en Afghanistan, ce sont les afghans, au Pakistan les pakistanais; je connais les burkinabés, les yéménites, les malgaches, les cubains, les guatémaltèques etc. Bref, c'est par ce jeu que maintenant je tourne parfois mes parents en bourrique : dès qu'ils me demandent ce que je veux faire ou durant mon repas, je réponds : "Alors Papa... dis-moi les pays !" Etant encore plus têtu que moi, il me demande toujours de commencer et d'en citer quelques uns avant de prendre le relais, ce que je ne fais pas toujours de gaieté de coeur. J'vois pas pourquoi je me fatiguerais alors que papa, il les connaît tous !

10:01 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |