24/11/2004

Je déménage !

Attention, ça y est, le blog originel de Lou a déménagé :
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Merci.

Le papa de Lou.


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20/08/2004

intro CHRONIQUE DE LOU

photo


Bienvenue sur la chronique de Lou.

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Chronique 27

(Femmes d'Aujourd'hui N°34 – 18/08/04)

Pour conclure : Au fait, c'est quoi être "aveugle" ?

Pour cette dernière chronique, papa vous parlera de la chose la plus compliquée à mon propos : me faire comprendre que je suis aveugle, chose que je n'ai toujours pas assimilée du haut de mes six ans.

Car finalement, c'est quoi être aveugle ? Facile, me direz-vous ? Et bien expliquez moi !
C'est "ne pas voir" ? Oui, bien sûr, mais c'est quoi, "voir" ? Des "images" ? C'est quoi des images ? Ce qu'on perçoit avec les yeux ? Je sais que j'ai des yeux, mais ils ne servent à rien.
Je me rends compte que papa, maman et tous les gens qui m'entourent ont une insolente facilité à se mouvoir, à deviner les choses, les prévenir... Mais on a beau me dire que c'est grâce à la vue, ça ne fait pas avancer le "schmilblick", car c'est quoi, la "vue" ? Un des cinq "sens" ? C'est quoi un "sens" ?
O.K., je pige les quatre premiers (et encore faut-il que je comprenne que ce sont mes outils de perception et que l'on appelle cela des "sens"), mais le cinquième qui me manque... C'est voir des images ? Vous l'avez déjà dit, et de toute façon, c'est quoi des images pour qui n'en a jamais vues ? Et puis moi, je me fais aussi des "images" dans ma tête, ...à ma manière. L'image de maman, par exemple, c'est un timbre, une odeur, un bruit, un grain de peau, une forme spatiale.
Allez donc m'expliquer la vue !

Amusons-nous à inverser les rôles, s'il vous le voulez bien. Imaginons que je sois un extra-terrestre et que j'ai, par exemple, trois "sens" (et non cinq comme vous) : j'ai l'ouïe et le toucher (jusque là, vous me suivez), et mon troisième sens, serait le "snurf" (j'invente le terme puisque c'est une perception inconnue pour vous). Quoi ? Vous ne savez pas ce qu'est le "snurf" ? Mais enfin, le "snurf" vous permet de "snurfer" ! Vous ne comprenez pas ce que veut dire "snurfer" ? Evidemment dans ce cas...
Disons que c'est comme lorsque vous entendez quelqu'un s'approcher, sauf qu'avec le "Snurf", vous parvenez : à spatialiser l'autre (mais attention, ça n'a rien à voir avec la vue) ; à scanner sa matière, son volume, sa composition (mais sans le toucher). Ca vous fait donc, non pas des images, mais des "snurfies" dans votre cerveau. Vous ne parvenez pas à vous l'imaginer ? Ben oui, je comprends. Impossible de savoir ce que c'est que le "snurf" pour qui n'a jamais perçu de "snurfies" dans son cerveau.

Tout ça pour vous dire que papa et maman, ils me répètent souvent que je suis aveugle et que je ne vois pas. Mais cela me fait "une belle jambe".J'm'en fous moi, d'être aveugle. Ce que je veux, c'est comprendre pourquoi tout est facile dans la vie des gens qui m'entourent et pas pour moi. J'veux la même chose, même si je ne le formule pas comme tel (ma formulation à moi se situe plutôt du côté de la colère et de la vexation quand il m'arrive un truc tordu auquel je ne m'attends pas, genre le coin de table qui "vient ME frapper").
La question reste donc entière : c'est quoi être aveugle ?
Avec moi, il faut donc être patient, infiniment patient : expliquer, expliquer, encore et toujours, en prenant le problème par tous les angles possibles afin de trouver les mots justes que je comprendrai. Et il en va ainsi pour tout, y compris des choses si simple à vos yeux comme la pluie, le soleil, une voiture...

La vie avec moi, c'est donc une formidable expérience, une perpétuelle remise en question des certitudes et un combat quotidien contre... soi-même ! De la raison de papa de vous avoir fait partager cette chronique : témoigner de ce que nombre de parents ayant un enfant différent ou handicapé peuvent vivre. Alors, lorsque vous en croiserez dans la rue, faites leur un grand sourire, c'est la meilleure nourriture de l'âme et ils le méritent bien !

Merci de votre curiosité durant ces six mois.

Et n'oubliez pas : la vie est belle.

Lou, son papa et sa tribu complice.

PS : Mes aventures continuent sur : CLIQUEZ ICI
...et si un jour ces récits paraissent sous forme d'un livre, réservez-lui un bon accueil !

10:09 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

19/08/2004

Chronique 26

(Femmes d'Aujourd'hui N°33 – 11/08/04)

Le temps qui passe.

Si, si, vous avez bien lu... j'ai six ans cette semaine (je suis né le 12 août) ! Pour être honnête, je pige pas encore bien la notion du temps qui passe : par conséquent, mon anniversaire, c'est pour moi un drôle de truc !

Les notions d'années, de jours et d'heures, c'est un petit peu compliqué pour moi. Ben oui, je ne vois pas le soleil se promener dans le ciel (je les sens par contre !), je ne vois pas le jour et la nuit (j'entends la différence d'ambiance), je ne vois pas les saisons (mais je les sens), et enfin, je ne vois pas le temps faire son oeuvre sur la vie. Même voyant, on ne remarque pas toujours que ceux qui vivent à nos côtés grandissent ou vieillissent, alors sans la vue...
De la raison (entre autres choses) de mon incompréhension à propos de l'autorité des adultes : je ne VOIS pas en quoi ils savent mieux les choses que moi puisque je ne MESURE pas leur expérience et leur longue vie. Dès votre plus tendre enfance, vous, les voyants, constatez immédiatement de visu la "pyramide des âges" ; moi, je dois me contenter de l'entendre au timbre de la voix, et le remarquer aux comportements aussi. Ce n'est donc pas parce que j'ai une voix fluette et que je culmine à un mètre dix, que mon autodétermination n'a pas le droit de s'exprimer.
Mais finalement, aveugle ou pas, on est tous pareils et on est tous passé par là : il paraît que cela s'appelle l'éducation.
Tout ça pour dire que, même si mes vieux me l'expliquent souvent (genre le clou qu'on enfonce obstinément), j'imagine difficilement que plus tard, je serai aussi grand que papa, avec une voix grave et des rides tout partout. J'ai peu de référence pour réaliser que je grandis (Je ne sais même pas que je suis deux fois plus haut qu'il y a cinq ans).
C'est décidément bien curieux le temps qui passe. Et sans la vue, je vous garanti que c'est franchement étrange !

Et puis, je ne suis pas encore très "souvenirs", même si je commence un peu à me remémorer de moments vécus il y a quelques jours ou quelques mois (c'est normal à mon âge compte tenu de ma cécité). Je n'ai donc pas d'échelle de temps sur laquelle je peux agripper mes souvenirs, d'autant que ceux-ci ne sont pas visuels : pas de photo, pas de vidéo pour me MONTRER les souvenirs.
Il ne reste donc que l'évocation... et les enregistrements sonores (ou le son des vidéos). Car papa et maman ont eu la bonne idée d'enregistrer des moments de ma vie depuis que je suis tout petit. Du coup, régulièrement, on écoute ensemble ces cassettes. J'entends alors ma voix de bébé ou de tout petit enfant ; je m'entends dire mes premiers mots et dire des phrases incompréhensibles. C'est assez troublant d'imaginer que cette voix que j'entends C'ETAIT moi, mais ça me plaît et me fait rire, même que je dis alors : "Ça, c'est Loulou bébé de quand j'étais petit".

En conclusion, j'ai bien constaté qu'un jour donné – je ne sais pas pourquoi -, c'est la nouba, et que tout le monde me fait alors la fête et me souhaite un bon anniversaire.

Ceci dit, récemment, j'ai bleuffé maman. Je mangeais à table avec elle lorsque je lui ai demandé : "Maman, quand tu étais petite, tu aimais bien la balançoire ?". Maman a été surprise. "...Euh... Oui, oui, bien sûr ! Comme toi, sauf que moi, j'étais une petite fille tandis que toi tu es un petit garçon. J'ai grandi et aujourd'hui je suis une femme, une "Madame". Et quand tu seras très grand, toi, tu seras un "Monsieur". J'ai répliqué sur le champs : "Mais je suis déjà un grand garçon !" "Oui, mais tu seras encore plus grand. Aujourd'hui, tu as six ans, et quand tu auras 20 ans, tu seras un"Monsieur"." Ce en quoi j'ai répondu : "...Mais je veux pas être un Monsieur ! Je veux seulement jouer au Monsieur..."(un des personnages de mon petit monde imaginaire où, effectivement, j'imite le ton sérieux des adultes mâles).
Ben oui, ça rentre petit à petit dans ma caboche, la notion du temps.

09:24 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/08/2004

Chronique 25

(Femmes d'Aujourd'hui N°32 – 04/08/04)

Les sens et les mots.

Si la semaine passé, je vous parlais de mon apprentissage du pré-braille et de mon rapport aux jeux, cette semaine, je vous parlerai de ma lecture. Ben oui, je lis, moi, ...enfin, à ma manière !

A ce propos, c'est comique : beaucoup de gens ont peur d'employer avec moi les mots qui se réfèrent à la vue comme "voir", "regarder" ou "lire". Pourtant, ce sont des mots que maman et papa utilisent tout le temps. Et pour l'ensemble des aveugles, il en est ainsi. Il n'y a pas de tabou. Je regarde, je vois, je lis... avec mes autres sens. D'ailleurs, je les utilise moi-aussi. Je dis par exemple : "Tu vois que c'est gai !". Mon "voir", mon "regarder" s'adressent donc à mes autres sens : l'ouïe et le toucher (essentiellement).
Par exemple, au niveau relationnel, j'adore jouer au "toucher des doigts" avec les gens que je rencontre. C'est ma manière de les "voir", de les "sentir". C'est un jeu très simple : juste m'amuser à effleurer le bout de mes doigts avec ceux de mon partenaire. Je peux ainsi passer un temps fou à faire cela. Autant vous dire que j'identifie illico les mains que je connais. Et pas uniquement par leur taille. J'y lis entres autres la dynamique, le tonus de l'autre. Si, si, j'vous jure ! Parfois aussi, je me risque à toucher les visages... mais c'est plus rare. Je fais bien des "doudouces" et des bisoux, mais explorer la forme de "l'autre", n'est pas ma passion. Et puis imaginez que tout le monde se mette à tripoter le visage de la personne rencontrée ! En fait, ce serait drôle.
Un jour, papa a rencontré une aveugle qui lui a ainsi touché le visage dans tous les sens. C'était sa manière à elle de se faire une idée, de voir autrement papa qu'uniquement de manière auditive. Ils se sont tout de suite entendu, ces deux-là.
Toujours à ce propos, si je n'aime pas trop toucher les visages, c'est à cause de la barbe des hommes. Même que depuis que papa a compris cela, il essaye de se raser tous les jours. De mon côté, je ne manque pas de lui dire lorsqu'il pique.
En conclusion, les mots "lire", "sentir", "voir" ou "regarder" ont un sens pour nous, les aveugles.

Pour en revenir à ma "lecture", je vous disais donc que je lis même si la lecture braille n'est pas pour tout de suite (voire même pour dans très longtemps, compte tenu des ma "confusion mentale"). Mais malgré cela, depuis que je suis tout petit, maman m'a fait lire des livres. Comment, me direz-vous ? Dès le départ, elle a cherché des livres tactiles qui existent pour tous les enfants (genre : le bébé souris qui doit être aidé pour retrouver sa maman (et sa longue queue), et qui croise, page après page, plein d'animaux dont on peut toucher la fausse texture de la peau. Parfois, maman transforme le livre elle-même en y rajoutant, comme dans ce cas là, une longue queue avec une ficelle à la maman souris. Hélas, il n'y a pas trois cents soixante bouquins adaptables comme cela.
Heureusement à l'école, il y a une ludothèque et des livres. Mieux, il existe une maison d'édition en France ("Les doigts qui rêvent") qui, avec les moyens du bord , réalise de merveilleux livres mariant braille et illustrations tactiles. Chacun est fait à la main et vendu à un prix raisonnable, voire même dérisoire en regard au travail réalisé (l'éditeur est une association "loi 1901" c.a.d. "ASBL" en Belgique). C'est ainsi que grâce à eux, je peux toucher la maison de chacun des trois petit cochons, sentir le loup dans le chaudron ; comparer, comme Boucle d'Or, les chaises, les bols et les lits de papa ours, maman ours et bébé ours etc.
Si hier, cela ne me plaisait pas trop, aujourd'hui je m'y prête presque volontiers ! C'est gai la lecture !

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Chronique 24

(Femmes d'Aujourd'hui N°31 – 28/07/04)

Mes jeux... et le pré-braille

Depuis que je suis né, Maman s'est cassée la tête à la recherche de jeux adaptés à ma cécité et susceptibles de m'intéresser.
Au bout de cinq ans, je ne vous dis pas tout ce que mes parents ont accumulé pour susciter mon éveil. Du piano miniature à l'accordéon en passant par l'harmonica, le Kalimba, le Djembe (etc.) ; des jeux d'emboîtement aux puzzles sommaires, de la poupée qui rit aux animaux de la ferme qui font leur cri respectif, de la balle sonore (quand elle roule) au bâton de pluie. Conclusion : ça s'entasse à côté du canapé ! Il y a là-dedans toute une série de jeu que je n'ai jamais voulu explorer, marquant un refus catégorique. Quant aux autres, il faut me motiver et m'en rappeler l'existence pour que je m'y intéresse ...quelques minutes. Finalement, le seul jeu auquel j'accepte de jouer de bonne grâce, c'est avec la balle sonore.

Pour tout vous dire, ils sont un peu ch..., Papa et maman. Parce que moi, ce que je préfère par dessus tout, c'est me balancer, rire, imiter, chanter ou écouter de la musique et des histoires. Or régulièrement, ils m'obligent à "jouer avec mes petites mains"(*). Ils me disent que c'est indispensable pour mon avenir. Soit. Et comme la base de mon apprentissage scolaire est de m'amener au braille, je dois apprendre la notion des six cases (ou six points) qui est le fondement même de l'écriture braille (toutes les lettres sont une combinaison variant les six points). Pour cela, je dois acquérir la notion de "haut" et "bas", après quoi, je découvre qu'entre les deux, il y a un "milieu".
Ensuite, on répète cette notion en définissant une gauche et une droite. Ça, c'est pour définir rien qu'une lettre.
Un jour donc on me fera découvrir qu'à gauche, il y a à nouveau une gauche et une droite, et à droite la même chose... pour former des mots. Pas simple, hein ? J'vous dis pas comme ça m'emm... .
Alors, pour rendre les choses plus ludiques (on fait la même chose à l'école), Papa a construit une boîte à six cases dans laquelle il range tantôt des cubes, tantôt des animaux. Du coup, c'est plus fun. Même si, je dois bien reconnaître que, malgré tous leurs efforts, je suis loin d'être toujours d'accord d'y jouer. Pire, parfois, ils doivent m'y obliger. Heureusement, après un arc-en-ciel de sentiments, je finis la plupart du temps par morde à l'hameçon. "Alors papa... Montre moi... A papa !" Papa : "Alors montre-moi la vache qui se trouve en haut à gauche." Je la prends et la lui donne en ponctuant mon geste d'un : "Mais oui, c'est gai de jouer avec ses petites mains..." Comme quoi, hein !

Toujours au rayons jeux, mes parents achètent régulièrement des appeaux pour me faire découvrir le cri des animaux.
Tout a commencé avec un vieil appeau imitant le canard que papa avait acquis pour attirer l'oiseau lors du tournage d'un film !
J'ai tout de suite apprécié, sauf que bon, je m'amusais à souffler si fort que les lamelles ont fini pas être déforméesIls avaient beau me dire de souffler doucement, moi cela m'amusait trop de produire des bruits incroyables jusqu'à ce que le sifflet ne produise plus aucun son. J'vous dis pas les colères qui ont suivie tant et si bien que le happeau a fait l'objet d'un "lancer du poids" de ma part... et qu'il s'est cassé.
Depuis lors, je me suis calmé. Maman a racheté un appeau de canard (qui lui aussi est presque naze), mais aussi de pigeon, de roitelet, de coucou... le dernier en date étant un appeau de sanglier (cendrier, comme j'ai dit la première fois !). Avec celui-là, j'ai battu des records de décibels.

Conclusion : le mot jeu m'évoque plus une tâche ou un devoir qu'un loisir. Etonnant n'est-ce-pas ?

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30/07/2004

Chronique 23

(Femmes d'Aujourd'hui N°29 – 1/07/04)

En forêt

Si il y a bien une chose que j'adore, c'est bien promener le chien en forêt avec papa.
Pour moi, la forêt, c'est un drôle d'endroit : on n'entend pas de voiture, juste le vent dans les arbres. Et puis, il y a ces poteaux que papa appelle arbre et qu'il veut absolument me faire toucher. C'est petit ou gros, rugueux (j'aime pas trop en fait), et je n'en connais que la base. Il me dit tout le temps qu'il y a plein, plein d'arbres dans une forêt et qu'ils sont aussi grands qu'une maison. Soit. Je vois pas l'intérêt. Du coup, lorsqu'un arbre a été coupé, papa me fait marcher sur le tronc pour que je me rende compte comme c'est grand et haut... quand c'est debout. Je crois pas avoir très bien compris et puis je m'en f... un peu.
Moi, ce que je préfère, c'est le roulis de la poussette car pour ce qui est de marcher... Ben oui, je suis de nature paresseuse et méfiante (vous l'aurez compris, je crois).
Alors Papa a trouvé un truc pour m'extraire de mon carrosse : il me fait tenir la poussette et dit : "Poussette, tu restes là !" . Je fais alors deux ou trois pas en la poussant puis, malicieusement, je la projette loin pour la faire désobéir. Papa en profite pour l'éloigner encore plus et m'abandonne donc tout seul sur le chemin. "Aaaah, la poussette, s'en va ! Poussette arrête-toi ! Mais qu'est ce que j'ai dis, poussette !". Et je me marre en l'entendant faire le pitre.
Une fois arrêté, papa agite alors mon carrosse pour que je le repère auditivement. Je le rejoins alors et on recommence.
Grâce à ce petit jeu, je marche un peu et j'apprends à m'orienter avec les sons. J'apprends aussi surtout à faire confiance, parce que parfois, je dévie de ma trajectoire, direction le fossé ou un gros hêtre. Bref, je dois écouter les conseils de papa. "Stop!" - "A gauche" - "A droite" - "Ici la poussette !" (...)
Par conséquent, si vous croisez en forêt un drôle de type avec un chien blanc, qui agite une poussette vide en chantant : "poussette, pou-poussette...", et que plus loin il y a un gamin qui rit tout seul et avance à petit pas, ne vous inquiétez pas. On n'a pas fait une journée portes ouvertes à l'asile du coin. Quoi que... à voir parfois la tête des gens que l'on croise... Le ridicule ne tue plus, sinon, toute la famille serait décimée depuis longtemps !

Dans le même ordre des choses, cela fait quelques temps déjà, qu'un de mes jeux favoris est de dire : "Feux rouges ! Feux verts !". Vous l'aurez deviné, le principe est d'interrompre un mouvement lorsque je dis "Feux rouges !" et inversement pour " Feux verts !". C'est tantôt un bon moyen que mes parents trouvent pour me faire avancer lorsque je traîne (par exemple, dans les escaliers pour monter au bain), tantôt un moyen que j'utilise pour, au contraire, faire durer les choses et les rendre plus ludiques. Je mets donc ce jeu à toutes les sauces : pour marcher, manger, m'habiller...et jouer. Evidemment, parfois cela n'arrange pas maman ou papa car quand je décide de dire un peu beaucoup de "feux rouges", cela ralentit encore plus les choses. Mais c'est tellement gai de se figer sur place, de s'arrêter avec une cuillère de bouillie pleine (qui commence à se déverser sur la table sans que je m'en rende compte)...
C'est comme pour tout avec moi : blanc ou noir, positif ou négatif... en fonction de ma sensibilité du moment. Mais bref, j'adore ce jeu qui parfois me fait trembler (littéralement) de plaisir.
Ah oui, au fait : je sais qu'il existe aussi les feux oranges, mais ça m'intéresse moins... Pourquoi des demi-mesures ? Et surtout, pourquoi tant de sérieux dans ce monde que je voudrais comme le pays de Cocagne !

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Chronique 22

(Femmes d'Aujourd'hui N°28 – 14/07/04)

Au jour le jour...

Un lundi. Comme souvent, après une bonne journée à l'école, je suis naze et très "contraire" à la maison.
Après mon repas, je m'enferme dans ma "bulle", me balançant dans le fauteuil et répétant inlassablement le même mot. Papa me rejoint pour jouer avec moi. Je veux qu'on tombe par terre (on s'amuse parfois comme cela), mais il refuse : "Non Lou, désolé mais j'ai pas envie aujourd'hui." Je me braque : "J'ai pas envie, j'ai pas envie, j'ai pas envie !", et recommence à me balancer.
Seule ma soif me fait finalement sortir de mon petit monde. Maman qui cuisine m'invite à la rejoindre pour boire là-bas. Décidément, il ont décidé de ne pas me faciliter la vie aujourd'hui. Je suis prié d'y aller par mes propres moyens. Pas de "service livraison". Ils exagèrent à m'obliger ainsi de me déplacer tout seul selon mes demandes. Bon, O.K., j'ai cinq ans, mais je suis différent moi ! Et puis, je vais pas me laisser enlever mes privilèges comme ça !
In fine, j'obtempère en exécutant le parcours du combattant : quitter le canapé ; contourner la table du salon ; éviter ma bascule, atteindre l'angle de la table de la salle à manger ; là, ne pas me cogner contre les chaises ; et enfin, le virage à 90° gauche, vers la cuisine. Mission accomplie. Je suis récompensé par papa qui m'y rejoint et m'invite à m'asseoir sur ses genoux. Je joue à tomber lentement tête en arrière contre le carrelage jusqu'à ce que mon crâne touche le sol, puis j'enchaîne avec des cumulets arrières en l'air où papa ne me tient qu'avec mes bras. Le pied !
Vient l'heure du bain. "Loulou, il veut pas prendre le bain. Le bain, il pleure !". (Comme ça, ils sont tout de suite prévenus que j'ai assez donné pour aujourd'hui). Insistance. Je m'énerve. J'essaye un autre truc : "Dans les bras de maman". Mais maman est fatiguée. Papa trouve la parade : "Monte vite, où je vais t'attraper et te faire des guilis !". J'ai pas le temps de réfléchir et me fait avoir, une fois encore. Mais dès la première volée d'escalier, je me ressaisis : "Non je ne veux pas monter prendre le bain !". Moralité : fin des négociations. Papa me dit calmement que je vais obéir et qu'il n'a pas envie de se fâcher. Je persiste. Alors il saisit ma main et me tire calmement mais fermement. Je résiste.
Découvrant la situation, ma soeur Eva s'excite, croyant assister à un jeu. Elle voudrait qu'on fasse de même avec elle ...et se fait remballer.
Deux minutes plus tard, je suis à bon port. La marée monte dans la baignoire. Papa en profite pour causer avec ma soeur qui boude. "Pourquoi Lou, il peut, lui ?" Il essaye de lui faire comprendre que ce n'était pas un jeu. "Oui, mais il n'y en a que pour Lou !". Il lui rappelle tout ce qu'ils faisaient avec elle au même âge et ce qu'ils font encore, même si c'est vrai que je prends beaucoup de place. Et puis ils lui consacrent parfois une journée rien que pour elle quand c'est possible. Bref, elle doit essayer de voir le positif, et non comparer.
Si je vous dis tout ça, c'est parce que j'écoutais attentivement leur conversation pendant que maman m'aidait à me déshabiller. Régulièrement je disais à maman : "Papa, il parle avec Eva". Faut dire que j'aime bien le ton de papa à ces moments là. J'préfère ça à sa grosse voix.
Une fois réconcilié avec elle, il veut se rendre dans son bureau. Re-crise de ma part : "Le bureau il pleure ! Je veux pas papa dans son bureau. Je veux le bureau dans le bain !". Chouette, à mon tour de recevoir la leçon de papa. Il m'explique qu'il vient de beaucoup jouer avec moi, qu'il a le droit de faire des choses sans moi. Bref, que je dois pas avoir peur.
Moralité ? Un fois encore, ils m'ont bien eu. Je barbotte comme un petit fou dans le bain et Eva est de nouveau positive.
Au moment de me coucher dans mon lit, je dis à papa avec le même ton rassurant que le sien : "Tu vois que tu dois pas avoir peur. Et Eva, elle doit comprendre que papa et maman, ils travaillent dans le bureau". Je suis heureux et m'endors sur le champs.

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Chronique 21

(Femmes d'Aujourd'hui N°27 – 07/07/04)

Le cheval

La semaine passée, je vous parlais de mon relatif inintérêt pour les z'animaux. Il y a cependant une exception : c'est le cheval. Lorsque l'occasion s'est présentée, maman et papa m'ont mis un petit peu sur l'un d'eux : que ce soit à la foire ou chez des amis. J'ai tout de suite aimé me balader sur le dos de ce gros animal qui m'avait l'air si paisible. Et puis, au moins avec lui, ça bouge, ça secoue ...et ça n'hurle pas à mon oreille (comme le mouton*) ! Bon, évidemment, mes parents sont bons pour faire du sport en marchant à côté du cheval, histoire de me rassurer ou qu'il ne me prenne pas l'envie soudaine de descendre. Mais jusqu'à présent, tout s'est toujours bien passé.

Ma plus belle expérience s'est produite à Pâques lorsqu’une certaine Corinne qui lit mes aventures nous a invités parce qu’elle a un cheval super gentil : Choupi.
Un vendredi donc, nous sommes partis avec Eva. J'étais super excité rien qu'à l'idée ! Une heure de voiture plus tard, nous sommes arrivé à un manège.
Lorsqu'on m'a présenté Choupi, j'ai fait "glups" : j’ai soudain réalisé que c’était un truc que je n’avais fait que deux ou trois fois dans ma vie, et encore, sur un manège de foire ou deux minutes dans une prairie. Moralité : panique à bord ! Refus net (comme d’hab. vis-à-vis des nouveautés ou de choses oubliées). "Non, je veux pas…". Pourtant Corinne m’avait l’air plutôt sympa et Choupi, le cheval, pas bien méchant quoi que ma tête arrivait à peine à son ventre. Mais à mon grand étonnement, j'ai senti papa et maman bien décidés à me faire monter sur le canasson. "Allez, mon Loulou, tu ne vas pas faire le bébé Cadum, tu vas monter sur le cheval avec Eva". J'ai pas eu le temps de résister que je me suis retrouvé propulsé sur le dos de l'animal. J'ai bien essayé encore un petit coup avec ma formule magique ("J'ai peur"), mais Corinne, Maman, Papa et Eva (tous en chœur), m'ont répondu avec leur formule à eux : "Tu ne dois pas avoir peur, on est là pour te protéger".
Conclusion, j'ai pas vraiment eu le choix, et c'est tant mieux parce qu'il ne m'a pas fallu une minute pour être complètement à l'aise, et cinq de plus pour apprendre à dire : "hue" et "hooo" auxquels je rajoutais "feu vert" et "feu rouge".
C'était la première fois que je commandais à un énorme animal tout chaud sous mes fesses (on était à cru). J'ai trouvé cela vachement drôle. J'arrêtais pas de dire : "Hue – feu vert", et il démarrait. "Hoo, feu rouge" et il s'arrêtait.
Je me suis mis à crier fièrement dans le manège à l'attention de papa qui me filmait : "Ça va monsieur René* ?" (*qui zozotte)
Lui : "F'est très bien, Petit Fien Courave*".
Moi : "Monsieur René, ou es-tu ?"
Et on s'est amusé ainsi à chaque fois ramener le cheval près de papa.
Quand Eva a commencé à avoir mal aux fesses, je suis resté tout seul sur Choupi. J'en ai profité pour faire le sot, inversant les ordres de départ et d'arrêt.

Au bout d'une heure, j'en ai eu un petit peu assez et ai cédé ma place à Eva.
Faut dire qu'il y avait quelque chose qui m'intéressait plus encore que le cheval : le bruit d'une usine toute proche. Mon éternelle fascination pour les bruits mécaniques et l'apprivoisement de ces sons bizarres. Du coup, j'ai traversé tout seul le manège jusqu'à la clôture pour être le plus près possible de la source sonore. C'était un chouette son, si, si, j'vous assure ! J'y suis resté un bon moment avant de spontanément demander de remonter sur le cheval. Quelques tours de piste plus tard, j'ai eu un bon coup de fatigue et on est rentré à la maison.
Pour sûr, on y retournera et je referai du cheval, ça m'a super plu… Merci Choupi ...et Corinne !

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08/07/2004

Chronique 20

(Femmes d'Aujourd'hui N°26 – 1/07/04)

Les z'animaux et moi

Moi et les z'animaux... C'est bif-bof. Logique puisque je ne les vois pas vivre. Je ne peux donc m'émouvoir devant leur beauté ou m'amuser de leur comportement. De plus, allez m'expliquer que ce sont des êtres vivants tout comme moi. Bref, je l'avoue, les bestioles, ça m'indiffère malgré la présence à la maison de Méga, le chien de papa, et d'une petite chatte. Ma relation avec les animaux se résume donc à des expériences à chaque fois... particulières.

Le mouton

L'année passée, par exemple, j'ai été en "classe verte" dans une ferme spécialement aménagée pour la découverte de la vie à la campagne. 3 jours sans papa et maman qui furent super chouettes, à l'exception d'un petit incident qui m'a profondément marqué. On rendait visite à tous les animaux de la ferme pour les nourrir. Arrivé dans l'étable des moutons, on m'a assis sur le foin près des bêtes, moment qu'a choisi l'un d'eux pour me bêler en plein dans l'oreille. J'vous dis pas comme j'ai sauté en l'air ...et la crise de larmes qui s'en est suivie. Pendant certainement deux ou trois mois, c'était le centre de toutes mes conversations : "Mouton ! Tu ne peux pas faire Bêêêêê !" - "Mais tu (=je) ne dois pas avoir peur du mouton, il est gentil !" - "Bêêê... Petit mouton, tu veux ta maman, petit mouton ?" - "Tu ne dois pas pleurer mouton..." etc... Depuis lors, mon imitation du bêlement de l'animal est parfaite (mon sens inné de la reproduction des sons). ...Au point de corriger ceux qui font stupidement "bêêêê" (façon "cocoricoooo")

Virgule

Un autre moment fort, il y a huit mois, fut l'arrivée de Virgule, la petite chatte. Y'avait bien déjà un chat, Fritz, mais il est mort l'été passé. J'sais pas ce que ca veut dire "mort", mais en tout cas, il est plus là. Alors, à la demande d'Eva, Maman et Papa ont repris un chaton (en se disant aussi que ce sera bien pour moi !). Au début, Virgule voulait tout le temps me sauter dessus quand je me balançais sur ma bascule ou dans le fauteuil : j'appréciais pas vraiment. Bref, ce fut pas vraiment l'amitié entre nous, bien qu'aujourd'hui je me laisse convaincre de la caresser quand on me le demande (il faut certes insister, mais je le fais).
En fait, je me moque pas mal de la petite chatte, sauf quand elle se manifeste de façon rigolotte.
Un jour, en me conduisant à l'école, Papa l'a prise pour aller faire ses premiers vaccins chez le vétérinaire. Dans la voiture, Virgule pleurait tout le temps dans son panier-cage. Alors, j'ai été tout mignon. Durant tout le trajet, je lui ai parlé : "Tu ne dois pas pleurer, petite Virgule... Tu ne dois pas avoir peur... C'est juste une petite piqûre..." En la matière, j'en connais un bout, puisque tous les soirs, j'ai droit à ma piqûre d'hormones (que j'accepte de bonne grâce).
Et puis, il y a ce jour où j'ai été pris d'un fou rire à cause d'elle. J'étais dans mon bain lorsque j'ai entendu tout d'abord un "plouf", puis maman qui s'est exclamée : "Mais... Virgule ! Qu'est ce que tu fais là ?". Elle a ri et m'a expliqué : Virgule était tombée, non pas dans le bain (c'était déjà fait la veille), mais dans la cuvette de la toilette. Je me suis mis à rire, mais rire ! Moi : "Virgule dans la toilette ! Bah... Enfin Virgule !".
Ainsi donc, comme je le disais dans l'introduction, les animaux ne m'intéressent qu'à partir du moment où j'entends les gens autour de moi réagir face à eux : que ce soit quand ils sont drôles ou quand on les gronde (j'adore enguirlander Virgule dans mes petits monologues : "Virgule... Virgule ! Ça suffit !").

A tout cela, il y a cependant une exception dont je vous parlerai la semaine prochaine : les chevaux.

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06/07/2004

Chronique 19

(Femmes d'Aujourd'hui N°25 – 24/06/04)

"Ombre et lumière"

"Ombre"


Souvent, dès qu'on s'occupe pas de moi, je suis dans ma "bulle", comme dirait maman ou papa. Que ce soit dans mon bain, sur ma bascule ou ailleurs. Ces moments sont caractérisés par de grands monologues où je dis un tas de choses : je "balance" tous les mots que je connais, et en particulier ceux qui m'ont éveillé des émotions. Je fais en quelque sorte, mon propre débriefing.
Ces propos n'ont pas toujours l'air cohérents quoique parfois, en m'écoutant bien et en analysant mon discours, on y entend d'étonnants transferts.

A titre d'exemple, il y a eu cette période où j'avais horreur que papa travaille dans son bureau, car cela voulait dire qu'il n'était pas disponible pour moi. J'en ai fait de ces crises pendant plusieurs semaines ! Heureusement, aujourd'hui c'est fini (Ouf pour papa qui avait du mal à écrire des histoires en m'entendant hurler en bas).
A l'époque donc, mécontent de son indisponibilité, je finissais pas me "défouler" verbalement dans le bain. Ayant compris qu'un objet cassé ne peut plus être utilisé, j'imaginais le bureau de papa cassé, comme cela il serait disponible pour moi. Ça donnait le monologue suivant : "Papa, le bureau, il était cassé... Lou, il est cassé. -un temps- Mais non, Loulou, il est pas cassé ! Le bureau, il est cassé. Il est cassé mon bureau... euh... Non, Papa, il va descendre du bureau. -un temps- J'en ai marre de te voir parler du bureau".
Le message est clair, non ?

Je reconnais que papa a choisi un exemple clair, parce qu'en général, lorsque je suis dans ma bulle, mes propos sont plus incompréhensibles. Le principe est simple : pourvu qu'il y ait un sujet, un verbe et des compléments, c'est bon. Je passe du coq à l'âne, alignant les phrases les unes derrière les autres. Ça donne un "truc" dans le genre : "Mais c'est plus tard que cela... Il faut voir dans l'eau froide. Ca évolue par contre… Non, je dis non ! Mais je vais chercher le bois dans les trucs. Mais par contre, ça va durer jusqu'à la mer. C'est pour les travaux..." (et ainsi de suite).
Bref, ne cherchez pas comprendre, c'est juste pour le plaisir de papoter... et sans doute aussi pour imiter les grandes personnes

…Et "lumière"

A l'inverse, il y a les moments de "lumière" où je suis très attentif, comme un matin en voiture où papa écoutait les infos à la radio en nous conduisant, ma soeur et moi, à l'école.
Soudain, il s'est exclamé : "Ouaiiiis ! Génial !". Eva a alors demandé pourquoi il était content. Il lui a expliqué qu'une Nigériane, Amina, venait d'être sauvée de la lapidation, grâce, entre autres choses, à la mobilisation internationale et une pétition d'Amnesty International que lui et maman ont signée comme dix millions de personnes. Tout cela était un petit peu compliqué pour moi, mais j'écoutais. Papa a raconté à Eva l'histoire d'Amina, condamnée pour avoir eu un enfant hors mariage. Il a expliqué la charia et la lapidation. Même pour ma soeur, cela semblait très compliqué et absurde : tuer quelqu'un en lui jetant des pierres jusqu'à ce que mort s'en suive !
Alors papa a utilisé des mots simples : "C'est parce que beaucoup de gens ne savent pas pardonner et sont malheureux. Et quand on est malheureux, on est enclin à être méchant, à ne pas supporter la différence, à se venger. C'est pour cela que le monde est ce qu'il est : il y a plein de gens malheureux".
A peine l'explication terminée, j'ai répété la question d'Eva : "Papa ? Ça veut dire quoi lapider ?"
Passé la surprise, papa m'a pris au jeu : "Ça veut dire quoi lapider, Lou ?". Et j'ai tout simplement répondu : "C'est quand on est méchant, qu'on jette des pierres parce qu'on est malheureux".
Je vous en bouche un coin, hein ?

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25/06/2004

Chronique 18

(Femmes d'Aujourd'hui N°24 – 17/06/04)

Jeux de mots

L'aisance avec les mots, c'est mon petit côté "génie paradoxal" : je parviens à faire des jeux de mots et de l'esprit avec le langage, et à contrario il m'arrive parfois de ne pas comprendre une phrase toute simple. De même, je suis capable d'apprendre, comprendre et entreprendre des choses compliquées, ou au contraire, avoir peur, refuser et me refermer sur moi-même lorsque l'on me demande de faire un effort. La clé ? Le jeu ! Avec moi, si vous ne mettez pas un sens ludique à votre requête, vous pouvez toujours courir. Ben oui, je ne vois pas pourquoi la vie devrait être triste.

les "mono-voyelles"

J'aime donc les mots rigolos et surtout les jeux de mots.
Lorsque j'ai entendu pour la première fois la chanson "Ma serpette est perdue" (où l'on modifie à chaque fois les mots en utilisant une seule et même voyelle comme p. ex. le "I" : "mi sirpitte i pirdie"), j'ai tout de suite accroché. Imaginez un peu. A tel point qu'aujourd'hui, je m'amuse parfois à communiquer avec mes proches en utilisant le même procédé, histoire de se marrer un coup. En "OUIN" ca donne : "Ouin poinpoin, join vioin proindre loin boin" (pour dire : "oui, papa, je viens prendre le bain"). Ca donne aussi : " Ji t'ime tri tri firt, mi Pipi !" (pour "Je t'aime très très fort mon papa !").
Dans l'autre sens aussi, je comprends quand on me parle ainsi. A la question de papa: "Sou vou biou, mou poutout Lou?" (Ca va bien mon petit Lou?), j'réponds avec un naturel déconcertant : "Ouais, mouai pouaipouai, souai vouai bouai". (oui, mon papa, ca va bien). J'vous dis pas la tête des gens dans la rue quand on se parle comme ça !

Les langues

Toujours à ce propos, j'ai découvert avec la musique qu'il y avait d'autres langues parlées dans le monde. Le pied ! Imaginez un peu : des gens qui barraguinent des drôles de mots entre eux et qui se comprennent ! Yes ! (C'est pas comme ma soeur Eva, qui, quand elle était petite, demanda à ce propos, comment il fallait faire pour avoir plusieurs langues en montrant sa bouche.) Non, moi, j'ai tout de suite pigé. Alors Papa a commencé à me parler avec l'accent anglais. Du coup, je l'ai imité illico. Bwef, jew pawle twès twès bien english. Vouw compwenez cew quew jew vouw dire ?
Et ça m'amuse baucoup. Surtout que depuis le début de cette année, j'ai une camarade de classe anglophone, et j'entends ma maîtresse qui lui parle dans la langue de Shakespeare. Du coup, outre "Yes", je suis rentré à la maison en disant à maman : "Why do you crying?" (pourquoi tu pleures ?). L'air de rien, tout rentre dans mon "disque dur". Je vous dis pas si un jour on parvient à connecter tous les fils entre eux... Mais ça, c'est une autre paire de manche !

Enfin, il y a un an, Eva est rentré de l'école avec des devoirs qu'elle faisait avec maman pendant mon repas . J'ai donc entendu ma soeur entonner des comptines dans un drôle de charabia : "een, twee, dire, vier, goed geval...". J'ai demandé à Eva ce qu'elle disait. Maman m'a expliqué que c'était une autre langue (le flamand), et qu'on le parlait en Belgique. Papa a enchaîné en disant : "Wil je vlaams spreken met je vader, Lou ?" A ces mots, je me suis pris d'un fou rire !Depuis lors, régulièrement, je demande à papa : "Papa, spreek vlaams !". Et moi de l'imiter d'une façon bidonnante, genre : "haï, reuïl maïl yeuil reuil" (parce que beaucoup de mots, dans cette langue "sonnent" un peu comme "aïe" ou "hey" en anglais).
Aujourd'hui, lorsque je repère des personnes que je croise et qui me parlent avec ce petit accent spécial, je leur demande… de me parler en flamand. C'est trop gai !

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17/06/2004

Chronique 17

(Femmes d'Aujourd'hui N°23 – 10/06/04)

Les sensations fortes

le mouvement


Le mouvement ? C’est ma grande passion, comme dirait l’autre avec ses chevaux dans la télévision. J'adore la voiture, la poussette, être jeté en l'air, sauter ou me balancer dans le fauteuil ou sur mon cheval à bascule sur lequel, si mes parents me laissaient faire, je passerais des journées entières. J'aime aussi la balançoire, même que j'apprends (lentement) à la mettre en mouvement tout seul. Bref, j'adore tout ce qui bouge et où je dois pas trop faire d'effort (Hé, hé !). Le mouvement, c'est un peu ma drogue à moi. Un "shoot" quoi. Il paraît que c'est souvent le cas des aveugles. Essayez de vous balancer longtemps avec les yeux fermés, vous verrez... On « déconnecte » et des sensations envahissent votre cerveau. Alors papa et maman, ils ne me laissent pas trop faire cela... Je suis déjà assez dans ma bulle comme ça.

les manèges extrêmes !

Ce que j'adore par dessus tout, c'est les parcs d'attraction avec leurs montagnes russes ! Maman n'aimant plus trop ça, c'est toujours papa qui s'y colle. Je suis alors insatiable ! J'peux faire dix fois, vingt fois la grande balançoire bateau qui vous soulève le coeur, une montagne russe qui vous secoue comme un shaker, un manège qui tournoie dans tous les sens. Parfois au bout du compte, papa en a la nausée pendant que je moi j’en réclame encore !
Dans certains parcs, les responsables sont tellement gentils qu'heureusement, on ne doit plus faire les files interminables qui m'énervent (Mettez-vous à ma place : 15, 20, 30 minutes debout à avancer à petits pas, attendre, me cogner sur les rambardes etc...).
Ailleurs (à la foire du midi de Bruxelles), certains responsables de manège ont été si gentils qu'ils ont accepté, à la demande de mes parents, de diminuer la musique tonitruante au moment où j'allais y aller parce que celle-ci me faisait peur. J'aime bien les gens gentils comme ça

Les plaines de jeux.

A défaut des parcs d’attraction, une de mes occupations favorites est d’aller à la plaine de jeux. Je peux rester des minutes entières sur un tourniquet. Un jour j'en ai tellement profité que papa, qui m’accompagnait pour me filmer, a dégusté… Je vous laisse imaginer ! Lorsqu’on est sorti de l’engin, je me suis mis à marcher droit devant comme si de rien était, par contre papa, j'ai bien senti qu'il était tout calme après. Pendant ce temps là, je me payais déjà une tranche de « bim-bam » (vous avez, ces bascules fixées à un ressort). Je peux m’y balancer tellement fort que je touche presque le sol.
Après ça, j’ai enchaîné quelques glissades sur un toboggan (je le fais seul s’il est court et avec Eva ou papa lorsqu’il est long).
Comme quoi, l’endurance en ce domaine, ça existe aussi !

En voiture

Finalement, mon « manège » quotidien, en dehors de ma bascule, c’est la voiture. Généralement, il ne faut pas me prier pour monter dedans.
Pour aller à l'école, on traverse un bois avec de nombreux virages larges qui me pressent d'un côté ou de l'autre de mon siège.
Papa en profite pour m'expliquer : "On touuuurne à gauche et tu es poussé à droite ! On touuuurne à droite, et tu es poussé à gauche ! C'est drôle, hein ?"
Ben oui, ça me plaît, mais la force centrifuge comme dit papa, c'est une sacrée notion à comprendre, même si je la « pratique » souvent.
Parfois, quand on arrive dans notre quartier, papa en profite même pour faire tanguer la voiture de droite à gauche en donnant des petits coups de volant (je le sais, parce qu’il m’arrive aussi de m’asseoir alors sur ses genoux pour conduire l’auto avec lui dans notre rue !).
Mais ma vie en voiture, c’est encore toutes des histoires que je devrai un jour vous raconter !

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11/06/2004

Chronique 16

(Femmes d'Aujourd'hui N°22 – 03/06/04)

Crevé !

"A mesure que le temps passe, je mesure le temps qui passe (...) On s'embrassera dans le cou. Il y aura tout autour de nous." (Benjamin Biolay – "Les cerfs volants ")
Histoire d'un samedi matin pas comme les autres... Quoique. Maman et papa sont rentrés aux petites heures (concert puis resto avec des amis).
A 6h00, je gazouille et m'agite dans mon lit. A 7h00, Eva vient s'occuper de moi pour laisser maman et papa dormir un peu... Je suis adorable avec ma soeur, mais à 8h15... j'ai faim ! Alors elle monte chercher maman (samedi, c'est le jour de récup. de papa). Elle se lève et me rejoint... mais j'ai envie de papa. Je ne le sais pas encore, mais à ce moment là, il m'entend le réclamer et il se dit qu'il ne dormira plus. Lorsque je reconnais ses pas dans les escaliers, j'exulte : "Papa est là !". Je l’aborde d’entrée de jeux : "Alors papa, il est où Benjamin Biolay ?" Maman m'explique qu'ils l'ont vu hier en concert (ca j'avais pigé, sinon j'en parlerais pas !) Maman : "Un concert, ça fait un petit peu beaucoup de bruit pour toi, mais un jour, on t'y emmènera". Moi (têtu): "Il est où Benjamin Biolay ? C'est quoi les Papous ? On va au marché ?" - "Mais non, mon petit bonhomme, on est samedi !" Moi (micro-crise):"Samediiiiii !" Maman : "Demain, ce sera dimanche et tu iras au marché avec papa !" Moi : "Il est où papa ?" Papa : "Je suis là !" Moi : "Il est où dimanche ?" Maman : "Dimanche, c'est demain. Aujourd'hui, on est samedi." Moi : "Il est où aujourd'hui ? Demain, c'est aujourd'hui. Et il est où Benjamin Biolay ?". Papa (diversion) : "Loulou, On va prendre un petit déjeuner tous ensemble. C'est pour ca que papa s'est levé tôt pour un samedi. Et puis, si tu veux, on écoutera le disque de Benjamin Biolay".
OK. Je marche ! Papa va à la boulangerie et au magasin de journaux (en ayant pris soin de me prévenir parce que j'aime pas quand il part sans prévenir). Moi : "Papa, tu aimes bien le magasin de journaux ?" (un grand classique de mon répertoire). Papa: "Oui andouille, j'aime bien le magasin de journaux ! A tout de suite, Loulou." Moi : "A tout de suite, mon papa."
Mathilde a été sortie du lit (elle aussi) par le tintamarre familiale. Petit dej. à 5. Croissants, jus d'orange frais, café et chocolat chaud. C’est rare étant donné les horaires si différents les uns des autres en semaine, et puis, comme il faut en permanence s'occuper de moi lorsque je mange, c'est pas évident d'être "ensemble".
Après cela, maman m'emmène à une plaine de jeu... mais sa voiture a un pneu crevé. On ira à pied pendant que papa réparera la voiture de maman.

Rentrant de balade avec maman, je retrouve papa dans la rue, occupé à remplacer le pneu crevé de la voiture de maman. Le bruit grinçant du desserrage des boulons me plaît et je veux rester près de lui. "Crac" fait le boulon ! – "Cling" fait la clé qui tombe sans arrêt. Chouette ambiance sonore ! Papa en profite pour me faire sentir le vieux pneu crevé et le nouveau.
J'essaye même d'en soulever un. C'est lourd ! Il me montre aussi qu'un pneu, ça roule. Ben oui, pour moi, une voiture ça se résume à un déplacement entre deux endroits, à du bruit, du mouvement, une portière arrière (la mienne), un siège et le dossier de celui de papa, et enfin, à de la carrosserie. Je n'ai donc qu'une perception fragmentaire de ce qu'est une voiture. Il en est de même pour beaucoup de chose que je découvre petit à petit.
Voilà donc le pneu remplacé. Je suis comme lui : crevé (c'est l'heure de la sieste car je me suis réveillé tôt ce matin), et pour papa itou car le soir, ils sortent de nouveau.
La vie est belle.

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03/06/2004

Chronique 15

(Femmes d'Aujourd'hui N°21 – 27/05/04)

Le "roman" de mes repas.

Mes repas, c'est toute une histoire.
Cela remonte, à l'origine, vers mes deux ans et demi : trois jours sans maman. Elle était partie suivre une formation pour son métier. Je me suis donc retrouvé seul avec papa. Ce n'était pourtant pas la première fois, mais cette fois-là, je ne l'ai pas avalé. Conclusion : trois jours de grève de la faim, intégrale. Juste de quoi renvoyer mon angoisse à papa. Bonjour le stress avec effet boomerang. En représailles, par la suite, il fut hors de question que quiconque d'autre que maman soit ma nourricière, à l'exception du petit-déjeuner et de Bonne-Mamy (allez comprendre...).

Etant scolarisé, j'ai donc opté pour sauter le repas de midi. Je prends donc deux repas par jour. Le matin, je prends un méga petit-déjeuner (entre six et dix tranches de pain) – ben oui, faut que je fasse mes réserves -, et après l'école, j'attaque l'enchaînement gargantuesque : le repas chaud, le goûter (des fruits) et enfin les tartines (entre quatre et huit tranches). Durée du banquet : une heure.
Il faut savoir aussi que j'ai conditionné mes repas à l'écoute de musiques et autres histoires sur mon petit enregistreur. Pas question de manger sans écouter une cassette. A cela, il convient de rajouter en arrière-fond sur la chaîne hi-fi une musique de mon choix (cfr. articles précédents*).
Ceci dit, je l'ai bien remarqué, mes parents sont en train de mettre un frein à cette pléthore de sons ambiants (parce qu'en plus, certains soirs ou les matins des week-ends, il faut y rajouter Eva qui tente de regarder ses dessins animés à la télé. Papa, lui, il a tout simplement renoncé à écouter ses infos à la radio à ces moments-là). Bref, aujourd'hui, ils m'obligent à choisir soit un C.D., soit une cassette. Et la "pilule" commence à passer.

Il y a un an, papa a tenté une énième approche pour qu'enfin j'accepte de manger avec lui. C'était un jour de crise. Il m'entendait hurler à table. Il est descendu et a réussi à me détendre. Il est resté ensuite à côté de maman pendant tout le repas. Le jour suivant, il a récidivé et, le tricheur, a profité de ma cécité pour me donner la cuillère à la place de maman. Dès que j'ai repéré le manège, j'y ai mis un holà instantané. Mais le "mal" était fait, d'autant qu'il a continué de me faire rire avec ses bêtises. C'est ainsi que, jour après jour, j'ai fini par accepter de manger avec lui... au point, parfois, d'inverser le blocage : j'veux papa pour manger !

Le temps du repas est aussi le moment que j'aime pour jouer avec les mots et avec ma mémoire : j'invite mon nourricier ou ma nourricière à faire "les pays" (*), "les papous" (*), "les jours de la semaine", bref, à causer avec moi.

Pour clore le sujet, il faut que je vous dise aussi ce que - et -comment je mange. Car pour un aveugle, c'est un long et difficile apprentissage. Tout d'abord, concernant les tartines, on me les livre prédécoupées en petits morceaux et sans croûte. J'aime pas les croûtes, c'est dur ! De même, pour les repas chauds, faut que tout soit mélangé et sans de trop gros morceaux (c'est flippant dans la bouche). Et puis, bien sûr, jusqu’à mes quatre ans, il a fallu me donner la becquée avec une cuillère. Petit à petit, maman ou papa m'apprennent aujourd’hui à plonger moi-même la cuillère dans l'assiette creuse, histoire de commencer à manger comme un grand. "Youp!" en est le mot code. Un jour, peut-être, j'arriverai à manger tout seul, à découper la viande. Mais ça, c'est encore bien trop compliqué pour moi. Enfin, faudra surtout que j'accepte de manger avec d'autres personnes !
Avec moi, l’apprentissage est une affaire de patience…

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27/05/2004

Chronique 14

(Femmes d'Aujourd'hui N°20 – 19/05/04)

Mes nuits

Un vilain cauchemar


Il y a quelques mois, j'ai fait un vilain cauchemar . Je pleurais en appelant papa. Ça ne m'arrive pas souvent... une fois par mois... (Par contre, toutes les nuits, je rêve en parlant tout haut et en m'agitant dans mon lit). Ben oui, j'ai beau être aveugle, des "images" et des histoires "à ma façon" se créent dans mon esprit pendant mon sommeil ! Sans doute un peu à la façon de "Tron" (le film des studios Disney) puisque je n'ai pas la représentation visuelle des choses (cfr. la photo que papa a bidouillé pour cet article).
Papa (il me l'a dit pour me consoler), il pense que cela ne doit pas être facile pour moi de distinguer le réel du rêve, et qu'une des clés pour me faire progresser dans la compréhension de la vie, c'est de bien me faire comprendre la différence. Alors il a d'abord cherché à ce que je lui raconte mon cauchemar... Mais c'était trop difficile pour moi. Du coup, l'émotion est remontée (sa présence m'avait déjà rassuré), et tout d'un coup, j'ai à nouveau pleuré un petit peu. Ca m'a fait du bien, surtout que papa, il me faisait plein de câlins. Il m'a expliqué que le rêve (ou le cauchemar), c'est pas la vraie vie, c'est ma tête qui évacue les émotions accumulées... Et que donc, si quelque chose ou quelqu'un de méchant m'a fait peur ou mal dans mon rêve, c'est pas la vérité et la vraie vie. Je lui ai répondu par ma comptine qu'on a inventé avec maman : "Tu ne dois pas avoir peur". Il a chanté la deuxième voix avec moi (j'adore les deuxièmes voix)... Je me suis détendu... j'ai dit à papa : "papa et maman, ils sont là pour protéger Loulou !" et me suis rendormi rassuré

Mes « raves » nocturnes

Je fais donc rarement des cauchemars. Par contre, j’adore faire des fêtes dans mon lit en pleine nuit. Ça me prend comme ça, par période, sans raison apparente : 4 heures du mat., et hop, je pète la forme !

Une nuit, ce fut le tour de papa de venir me dire gentiment qu'il fallait dormir. Je lui ai répondu aussi sec : "J'ai pas envie !". Il m'a dit que je serais crevé le lendemain, que c' était la nuit, et que si je voulais pas dormir, je devais quand même laisser les autres dormir.
Faut dire que je chantais à tue-tête : "les fan- les fantômes" d'Henri Dès, en faisant des percus avec mes pieds contre le tableau d'éveil Fisher Price qui est accroché depuis que je suis tout petit aux barreaux de mon lit (vous savez, ce panneau en plastic où il y a : un disque de téléphone qui fait "crrrr", un rouleau qui fait comme un bâton de pluie, un petit lapin et une tortue qui font la course quand on les glisse sen faisant "tac-tac-tac-tac-tac", une sonnette etc...).
Moi j'adore ce truc, c'est une référence spatiale dans mon lit. Et puis je fais presque toutes les activités créatives... les yeux fermés (ben oui!), et avec les orteils, s'il vous plaît.
Parfois aussi – comme cette nuit là par exemple-, je l'utilise comme percussion en shootant dedans. J'vous jure que le résultat est pas mal : genre boîte à chaussure avec des billes dedans qu'on secoue. A quatre heures du mat., dans le calme de la nuit, je vous assure que le son en vaut la peine.
Bref, papa m'a dit d'essayer de dormir et surtout de ne plus faire de bruit. Ce que je.
Le matin, quand papa s'est levé, il m'a entendu chantonner discrètement. Ben oui, le message était passé. Quand il est arrivé dans la chambre, on s'est fait une partie de "fauteuil qui pleure" (*les guili-guili), en alternant les rôles. Car nouveauté dans le domaine, je fais aussi des guili-guili aux autres maintenant. (En réaction, mes parents rient et en remettent une couche je le sais bien, mais j'aime les entendre se marrer.)

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17/05/2004

Chronique 13

(Femmes d'Aujourd'hui N°19 – 12/05/04)

Les gros mots

Emotions et "lumière"


De retour de l’école. Une journée bien remplie. Fatigue et émotions m'emplissent le coeur. Mon chagrin est inconsolable, mes propos confus. Papa et maman n’en comprennent pas la cause. Puis soudain, la "lumière" dans ma tête : j'enchaîne les mots et les dialogues avec maman et papa comme jamais auparavant : "Lou, il pleure. (...) Loulou, il doit pas pleurer. Loulou il peut pas dire de gros mots sinon Marie-Anne se fâche" (sa maîtresse). Maman (qui a compris) : "C'est juste, mon Loulou et Marie-Anne, elle a raison". (Ma tristesse disparaît peu à peu) Moi :" Oui, je dois bien obéir à Marie-Anne, Marie-Anne elle est gentille. Mais elle sa fâche quand je dis des gros mots. Alors, je peux pas dire des gros mots. C'est comme papa et maman qui se fâchent quand Loulou, il est pas sage. (NDL: texto :) A propos, je dois bien jouer avec mes petites mains(*) avec Marie-Anne, sinon, je suis un bébé Cadum !". Papa se retient de rire : "C'est exacte, parce que Marie-Anne, elle a plein de choses à t'apprendre.". Moi: "A ce propos (NDL: re-sic!), je dois pas avoir peur. Je dois faire confiance à Marie-Anne. Je dois bien apprendre pour ne plus avoir peur". -un temps- "Marie-Anne, Maman et papa, ils sont là pour me protéger. C'est pour cela que je dois pas avoir peur". (Je suis tout sourire et j'étreints papa) "Je t'aime, mon papa !" Papa: "Moi aussi je t'aime, et c'est pour cela qu'on t'aide à ne plus avoir peur. Au plus tu apprendras de choses, au moins tu auras peur".
Je finis en faisant des doudouces sur le visage de papa et maman. Retour dans le positif. Mes émotions sont évacuées... je suis tout roudoudou, tout joyeux. La vie est belle et je sais très bien que Marie-Anne, papa et maman, ils m'aiment très fort et qu'ils font les choses pour mon bien

Merde = craque-boum-zute-flute !

L’origine de ce gros chagrin ? Vous l’aurez compris : les gros mots.
Une maladresse ? Et hop, Papa ou les autres en prononcent un. C’est comme ça que j’ai découvert le fameux mot. Il n'en a pas fallu plus pour que je l’enregistre dans mon petit disque dur. Du coup, j'ai commencé à le dire très souvent, comme un jeu et à toutes les sauces : façon "Petit chien courage"(*), à la manière de Monsieur René (*) etc. Le plaisir de la transgression. Ben oui, je ne voyais pas pourquoi les autres pouvaient et moi pas... Puis, d'une certaine façon, M... est synonyme de soucis, c'était donc une manière pour moi d'apprivoiser la "tension" du moment (On ne le dit quand tout va bien, hein ?).
Mais comme d'hab., j'ai un peu exagéré aussi, je le reconnais. Cela m’amusait tellement qu’à l’école, je n’arrêtais plus de le dire sans raison. Evidemment, tout comme mes parents, ma maîtresse (que j’adore) ne m’a pas laissé faire. Papa et maman ont bien essayé de me l’interdire, mais moi, je contournais l'obstacle en jouant : (moi): "Merde !" - (toujours moi) -"Mais, petit Lou, tu ne peux pas dire merde !" (etc.).
Depuis lors, mes parents ont trouvé la parade : ils me disent que je dois dire "flute" ou "zut" ou bien encore (ça m'a bien fait rigoler) : "Craque-boum-zute-flute !". Ce qui fait que pendant un temps, j’ai transformé mon jeu en disant : "On ne peux pas dire merde, on doit dire craque-boum-zute-flute !". Enfin, toute la famille a surveillé son langage même si parfois, j'entends encore ce mot qui me fait réagir instantanément : "Hein, hein, hein, maman a dit un gros mot !". Et de demander alors une justification : "Maman, est-ce qu’on peut dire des gros mots ?". Et mes parents en chœur, de répondre : "On doit essayer de ne pas en dire". Moi (malicieux) : "Et on peut dire… merle ?"

* voir chroniques précédentes.

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06/05/2004

Chronique 12

(Femmes d'Aujourd'hui N°18 – 5/05/04)

Les bruits de la vie

Mes talents d'imitateurs.


J'adore par dessus tout inventer, créer ou reproduire des sons. Faudrait même qu'un jour papa, il en parle à ses copains bruiteurs de films (je blague, parce que pour cela, je devrais être capable de travailler en voyant les images !). Figurez-vous, que j'imite à la perfection (entre autres choses) le bruit de la tondeuse à gazon et celui du taille bordure. Vous remarquerez la précision : ce sont deux sons très distincts ! Dès que j'entends une tondeuse dans le quartier (même à deux cents mètres), je veux aller au jardin pour l'écouter... De la raison des crises quand l'herbe est mouillée (rappelez-vous la seconde chronique).
La plus belle anecdote en ce domaine remonte à un dimanche, il y a six mois environ.
Cela faisait une semaine que nos voisins aménageaient leur cave : nettoyage, peinture, forage etc... . Dimanche donc, le voisin me voit revenir du marché avec papa et vient me saluer : "Bonjour, Monsieur Lou" (je le reconnais tout de suite à son accent hollandais) ...et je ne réponds pas ! Papa : "Lou, tu dis bonjour à Geert ?" Ma réponse : "Vrrrouiiiiiiiiiiiiii" (onomatopée). Geert (gentil): "Tu en fais de beaux bruits". Papa ("TILT" dans sa tête) : "Lou, c'est quoi le bruit que tu fais?". Moi :"J'imite les travaux". Et effectivement, je venais d'imiter à la perfection le bruit de la foreuse attaquant une pierre et que l'on entend à de l'autre côté du mur (Je suis sûr, cher lecteur, que ce son particulier vous revient tout de suite en mémoire). Papa avait bien deviné et Geert en était scotché !

La porte qui grince

J'aime tellement les sons, qu'il y a peu, un de mes "trips" était de me mettre dans le vestibule et d'y rester longtemps à faire grincer la porte menant au living. Faut dire que papa n'avait plus mis d'huile depuis longtemps et qu'elle faisait de superbes bruits selon que je la fasse bouger lentement ou très vite. Un vrai château hanté. C'était génial et je m'amusais comme un petit fou :
Moi : "Porte, tu ne peux pas faire oooouuuuiiiiiiii !" Puis je faisais grincer la porte et me fâchais encore plus fort : "Porte ! Qu'est-ce que j'ai dit ! Tu ne peux pas grincer!" ou "Tu ne peux pas pleurer!"(etc...) . Le problème, c'est que la voisine était réveillée par le bruit de la porte quand maman et papa, ils rentraient tard le week-end (ils aiment bien faire la fête et décompresser le w-e). Du coup, maman (oui, maman ! Bravo, papa!), a mis de l'huile dans les gons. Drame ! J'ai piqué une de ces colères... J'étais triste à l'infini et je disais : "La porte, elle pleure parce qu'elle ne grince plus !". Ma tristesse a duré deux ou trois jours ! Alors, mes parents ont trouvé la parade et m'ont dit : "Tu vois, la porte, elle ne pleure plus... Ca veux dire qu'elle est contente ! Elle aimait pas grincer". Ils m'ont bien eu !
N'empêche, qu'avec un tel argument, ils ne sont pas sortis de l'auberge pour m'expliquer qu'un fauteuil, une chaise, une table (...), ça ne vit pas comme nous les humains, ou les animaux. Faut dire à ce propos que j'ai une furieuse tendance à soit opérer un transfert de mes sentiments sur les objets, soit à avoir difficile de distinguer le "vivant" du "matériel". Ben oui, qu'est ce qui est "vivant" entre : une télévision, un enregistreur, un lecteur de CD, ma peluche éléphant contenant une puce électronique qui lui fait répéter tout ce qu'il entend, une voiture, les éléments (le bruit du vent, de la pluie etc.), et le bruit de la vie (les animaux, les humains) ? Tous font du bruit et donc, d'une certaine manière, vivent à mon oreille.
Pas simple la vie sans la vue, je vous jure, mais si riche en sons !

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29/04/2004

Chronique 11

(Femmes d'Aujourd'hui N°18 - 29/04/04)

Ça marche !

N'ayant pas la vision pour me motiver, j'ai commencé à marcher à quatre pattes vers deux ans... J'avais pas trop envie, je préférais vivre de son. Et puis, il y avait la trouille. Mettez-vous à ma place !
A peu près en même temps, j'ai commencé à marcher en donnant la main (cahin, caha) à "mon guide" (maman, papa ou quelqu'un en charge de me prévenir de tous les obstacles : une marche, un mur, une porte, un escalier...). Il a fallu que j'apprenne l'équilibre aussi. Et je vous jure que sans la vue, c'est pas évident !
C'est ainsi que, finalement, j'ai marché de façon "autonome" vers mes trois ans (parce qu'il fallait bien et qu'on m'y obligeait !). Aujourd'hui, je commence à prendre plus d'assurance et d'initiatives dans les lieux que je connais... mais j'oublie souvent de mettre mes mains devant moi. Petit à petit, on me donne à l'école une "pré-canne". C'est un drôle de truc comme un manche d'une tondeuse à gazon (donc un arceau), sauf qu'à l'extrémité, il y a un rouleau qui roule sur le sol. Cela m'apprend à "sentir" les obstacles par le biais du "manche". Enfin, il faudra attendre que je sois grand pour me donner une vraie canne et que je sache l'utiliser. Il faudra surtout, que j'en sois capable intellectuellement, que je réfléchisse un petit peu plus dans ma petite tête, parce que si ça devait être comme aujourd'hui, je m'en moquerais et abandonnerais ma canne n'importe où.

Comme je me déplace parfois tout seul, il est important que rien ne traîne à terre dans la maison et que les choses se trouvent toujours à la même place (comme ma bascule par exemple). Une chaise oubliée en retrait de la table ? "Et bardaf, c'est l'embardée" (en hommage au génial et regretté Manu Thoreau). Une balle de tennis oubliée par le chat ? "Et zip!". La chienne couchée n'importe où ? "Kaï Kaï Kaï" quoiqu'à la longue, elle a compris : même si elle dort, quand elle m'entend arriver, elle dégage aussitôt.
Bref, c'est bizarre, mais tous les membres de la famille (y compris mes soeurs), qui étaient plutôt bohêmes, sont devenus de supers rangeurs ! Hé, hé, hé !

A propos de ma mobilité, Papa rêve qu'un jour les chercheurs pensent aux millions d'aveugles et malvoyants dans le monde (100.000, rien qu'en Belgique - c'est dire s'ils sont nombreux terrés chez eux !). Ce serait génial de développer un GPS encore plus précis (on y vient), mais surtout, qu'on crée des appareils adaptés à nous : avec lequel nous pourrions parler et qui nous répondrait, par exemple : "vous vous trouver rue Dupont". Ce serait la révolution pour nous tous !

Toujours à ce propos, ce serait chouette si tout le monde faisait un réel effort pour ne pas se parquer sur un trottoir ou un angle de rue ... Il nous arrive souvent, à papa ou maman avec moi, de devoir descendre dans la rue parce que quelqu'un de "pressé" ou "inconscient" se parque mal (comme lors du marché de Boitsfort le dimanche matin où on ne va pas me dire qu'on ne peut pas faire cinquante mètres de plus à pied). Et puis il y a ces chantiers publiques, où de plus en plus, vu le principe d'appel d'offres publique, les sociétés ne font plus rien pour sécuriser les piétons. Les spécialistes (observez bien et vous verrez que j'ai raison), sont ceux qui travaillent en sous-traitance pour les grandes compagnies d'électricité ou de télécommunication. Papa, il leurs a bien écrit, mais il n'est pas Premier Ministre (et il a pas envie de le devenir).

Conclusion : pensez à nous, aux autres... et vous verrez que le monde ira mieux. A force de faire plaisir (et attention aux autres), on vous rendra la pareille et le monde changera !
Bisous. Lou.

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26/04/2004

Chronique 10

(Femmes d'Aujourd'hui N°17 - 22/04/04)

Les contacts physiques

Le fauteuil qui pleure !


J'adore les guili-guili... Et comme j'ai tendance à projeter mes sentiments sur des objets (quels qu'ils soient), papa a trouvé la parade un jour où j'étais pas de bonne composition (je pleurais). Du coup j'ai dit : "Le fauteuil, il pleure !" Papa a tourné cela à l'humour en me traitant de coquin et en m'expliquant qu'un fauteuil, ça ne pleure pas ! J'ai récidivé. Alors il m'a chatouillé... et je suis revenu dans le positif.
Depuis lors, je m'amuse à tourner toute la famille en bourrique, en faisant exprès de dire : "Le fauteuil qui pleure!". C'est le signal pour une séance de chatouillis terribles... que j'adore. (Cfr. Photo). Comme quoi, je les ai pris à leur propre piège ! N'empêche que, pour être honnête, ça m'arrive souvent de faire ce genre de transfert : "le téléphone, il pleure" (si je peux pas parler à Bon-Papy), ou "la table, elle a mal" (lorsque je me suis cogné) etc... A chaque fois, mes parents me corrigent... Mais je sais pas si je les laisserai gagner ce combat !

Roudoudou !

Y'a des moments aussi où j'aime bien être "Roudoudou". Papa, il dit toujours que le plus grand bonheur pour une maman ou un papa, c'est lorsque son petit enfant se trouve endormi dans les bras dans une relation de confiance et d'abandon total. Il boit du petit lait, à ces moments là. Mais avec la plupart des enfants, cette relation finit un jour par se faire plus rare, voire disparaître.
Avec moi, point de cela ! Je n'ai, de toute façon, guère le choix : il me faut faire confiance aux autres, vu mes handicaps. Bref, je peux être tout câlin dans les bras des gens. D'ailleurs, j'ai appris à faire de mignons câlins... Et puis, j'ai copié ma soeur Eva en faisant de grandes déclarations d'amour à mes parents : "Je t'aîîîîme, ma maman !" (ou mon papa). Et ça, ils me montrent bien qu'ils apprécient beaucoup. Ca donne le change aux moments difficiles

La petite couette toute douce...

J'aime donc aussi la douceur ! Depuis que je suis né, ou plutôt, depuis qu'elle sait que je suis aveugle, maman a eu l'idée géniale de me mettre dans mon lit une couette toute douce, comme de la soie. Je l'adore : elle est à la fois mon oreiller, ma couverture, et mon doudou. En réalité, c'est la couette de quand maman était petite. Du coup, faut bien avouer, elle n'est pas en très bon état. J'vous dis pas combien de fois il a déjà fallu la raccommoder d'urgence parce que le rembourrage s'échappait des parties toutes usées. Je l'aime tellement... Elle m'est indispensable. D'ailleurs, souvent, au lieu de dire que je vais au lit, je dis : "On va retrouver sa couette toute douce".
A ce propos, vous pouvez pas imaginer dans quelles positions papa et maman me retrouvent parfois endormi : souvent complètement découvert (malgré une deuxième couette). Toutes les positions sont bonnes : roulé en boule, à genoux recroquevillé sur moi-même, étalé de tout mon long, assis, jambes écartées et le corps couché en avant sur le matelas. Faut dire que je suis d'une souplesse incroyable ! J'pourrais dormir n'importe où et n'importe comment. Ca m'arrive même de m'endormir sur le plancher du living quand je suis crevé d'une journée bien remplie.
A un moment donné, ils avaient enlevé deux barreaux de mon lit pour me permettre de me déplacer dans ma chambre jusqu'au jour où ils m'ont retrouvé un matin endormi par terre, sans couette. Du coup, ils ont remis les deux barreaux. De toute façon, je sais très bien enjamber les barreaux le matin et le soir. Mais c'est vrai que depuis, je reste dans mon lit au moment de dormir.

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15/04/2004

Chronique 9

(Femmes d'Aujourd'hui N°16 - 15/04/04)

Mise au point

Une fois n'est pas coutume, c'est le papa de Lou qui s'exprimera en son nom propre dans cette chronique.

Cela fait deux mois maintenant qu'est publiée cette chronique dans votre magazine : l'occasion pour moi, son papa, de faire un petit point.

Vous n'êtes pas sans savoir qu'à l'origine, cette chronique a été initié sur internet (cfr. liens dans la colonne de droite) où de nombreuses questions, remarques ou commentaires m'ont été adressés. Il me semble important de prendre le temps de vous les évoquer.

Il est clair que le récit de la vie de Lou, bien que tous les faits rapportés soient bien réels, comporte une interprétation que je fais en fonction de son comportement. Lou exprime ses sentiments, mais pas ses pensées, sa perception.
Néanmoins, une série de questions se posent :

Ai-je le doit d'ainsi lui prêter des réflexions qu'il n'a jamais exprimés oralement ?
Je le pense dans la mesure où son comportement parle pour lui et qu'au bout de cinq ans, j'ai appris à décoder notre petit bonhomme.

Ai-je le droit de rendre publique sa vie privée ?
Pour y avoir longuement réfléchi avec sa maman, je répondrai ceci : si un jour Lou devrait atteindre les facultés mentales qui lui permettraient de lire ou entendre les écrits à son propos, il découvrira, tel un journal de bord, le "combat" permanent que nous aurons mené pour lui permettre de vivre dans le monde qui l'entoure. Je lui expliquerai aussi combien le partage de notre expérience avec lui a apporté réconfort et encouragement à nombre de lecteurs du site, sans pour cela qu'ils soient handicapés ou qu'ils aient un enfant handicapé.
Je lui lirai certains témoignages reçus : celui de ce papa qui avait depuis trop longtemps oublié ses enfants ; celui de cet autre papa ayant un Petit Prince différent comme lui, et qui a retrouvé force et courage ; de ce grand frère de onze ans, qui après avoir lu le site, a dit "je t'aime" pour la première fois à sa petite soeur handicapée de sept ans qu'il fuyait.

L'éventuelle notoriété de Lou ne risque-t-elle pas de lui être préjudiciable ?
Je pense tout le contraire : Lou aura besoin des autres, comme nombre de personnes handicapées. Et si donc le comportement des gens vis-à-vis de lui devait être accueillant, c'est non seulement un service que je lui rends, mais un service à l'ensemble des personnes handicapées dépendantes de l'aide et de la générosité des autres, car oui, Je fais de Lou un porte-parole pour tous ceux dont la vie est "différente" de la norme.

Enfin, est-il sain de gagner sa vie en racontant la vie de son fils ?
Ma réponse est très claire à ce propos : si un jour, que ce soit par un film ou une publication à propos de Lou, je devais rencontrer le succès et par là même avoir des revenus importants, il me semble évident qu'outre le fait de permettre à ma famille de vivre décemment, je consacrerais cet argent à assurer l'avenir de Lou qui, sans un miracle, sera intellectuellement incapable de gagner sa vie. Car il n'y a rien qui me soit plus insupportable que d'imaginer qu'il soit placé dans une institution le jour où nous, ses parents, ne seront plus.

Enfin, s'il est un message que j'essaye de faire passer au travers de mes écrits à propos de Lou, c'est bien ce que lui-même a fini de me convaincre à son contact : on s'enrichit de la différence de l'autre.
Comme je l'ai évoqué dans une des "lettres à Lou" écrite sur internet, s'il est un fondement de tous les maux de l'humanité (en dehors des accidents et des catastrophes naturelles), c'est bien celui de la peur de l'autre, de cette différence qui nous renvoie à nos propres remises en question.

Ceci dit, vos avis et réactions nous intéresse, car précisément, les remises en questions sont à chaque fois l'occasion de réfléchir et s'enrichir.
Au plaisir de vous lire donc.

Le papa de Lou.

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08/04/2004

Chronique 8

(Femmes d'Aujourd'hui N°15 - 08/04/04)

Au rayon langage

Je... tu... il...


.Compliqué la langue française ! O.K.,O.K., je fais pas beaucoup d'efforts, mais c'est pas simple dans ma tête.
Dès que j'ai commencé à parler (vers mes un an et demi), j'ai mélangé le "je", le "tu" et le "il" : en fait je répétais les phrase entendues. Et pour compliquer un peu plus les choses, je confondais parfois aussi l'affirmation et la négation. Papa, il a appelé cela de la confusion mentale. Résultat, quand je voulais ma tétine pour aller dormir (ou après un bobo), je disais : "Tu veux ta tute". Alors mes parents, ils ont trouvé le truc pour me corriger. Ils m'ont répondu : "Non, je ne veux pas ma tute !". J'étais alors obligé de leurs dire : "je veux ma tute". (Qu'est ce qu'ils peuvent être ch... parfois !)
Du coup, comme j'appréciais pas trop leur jeu, il m'est arrivé de les tourner en bourrique en systématisant notre communication de la sorte : je disais mal une phrase ("tu veux de l'eau ?"), ils me répondaient ("non je ne veux pas de l'eau"), et je disais enfin la phrase correcte ("je veux de l'eau s'il te plaît, maman"). Ça en devenais presque un rite.
Il a fallu quand même presque trois ans pour en venir à bout, même qu'aujourd'hui encore, parfois je me trompe... ou je le fais exprès, par jeu

"Hè 'oigts 'ans ha houch"

Dans le même rayon, il y a eu les doigts dans la bouche. Je ne sais pas pourquoi papa et maman me demandaient tout le temps d'enlever mes doigts dans ma bouche quand je parlais. C'est pourtant si gai de se tripoter les dents, la joue, la langue. Je faisais ma visite du moi, quoi ! Enfin bon, je reconnais que quand je parlais comme ça, c'était encore plus dur à suivre.
Je l'ai compris parce que mes parents ont une fois de plus trouvé le truc : me prendre à mon propre jeu. Ils se sont mis à me répondre en mettant aussi leur doigt dans la bouche.
Du coup, j'ai ri et j'ai obéi... en mettant généralement le doigt une dernière fois en bouche pour dire : "houhou, hi heu ha hetre hè 'oigts 'ans ha houch !"* (*Loulou, il peux pas mettre les doigts dans la bouche).

Aaah, que je cause !

Au delà de ces aspects, rites et jeux, je suis en réalité un grand bavard. J'adore dire n'importe quoi.
Par contre je déteste répondre aux questions : je fais alors semblant de ne pas entendre ou de ne pas comprendre... à moins que je ne le fasse pas exprès, mais de cela, je vous en reparlerai bientôt.
Je m'amuse donc à aligner des mots au hasard de ma pensée. Un exemple ?
Je joue souvent à téléphoner. Pour de vrai, avec Bon-Papy (ou papa et maman quand ils ne sont pas là), et pour de faux avec le téléphone "Toy Story" de Buzz L'Eclair. J'cause alors à monsieur René ou au Petit Chien Courage(*). Et comme je pousse sur tous les boutons qui font tantôt de la musique, tantôt entendre la voix de Buzz l'Eclair, ça donne un truc assez cocasse dans le genre : - Moi: "Allô ? Allô ! Oui, j'ai perdu les vacances de Mr René..." - Le téléphone: "I'm Buzz l'Eclair, for the rescue !" - Moi: " Oui, oui, oui, Monsieur René, c'est vrai... Oui, merci, au revoir.. " - Musique- "Oui, oui, c'est important, Monsieur René,..., Oui, je téléphone... Oui mais non. Ca va, ça va, ça va, ça va.... " - Le téléphone : "To infinity and beyond" - Moi : "Non, il n'y a pas de problème... On ne peut pas taper, Monsieur René ! C'est bien de ne pas mordre, petit chien courage. Au revoir !" Puis je pousse plusieurs fois sur la même touche : "I am Buzz L'Eclair, I am, I am, aya, aya, aya..." Je me marre. "To infinity and beyond, To in, to in, to in, to infinity" - "Bu... bu... Buzz l'Eclair".

...Ça c'est moi quand je joue avec les mots, enfin un exemple parmi d'autres.

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01/04/2004

Chronique 7

(Femmes d'Aujourd'hui N°14 - 01/04/04)

Mes peurs

Je vous parlais la semaine dernière de mes peurs et ce n'est pas un vain mot.
Tout ce que je ne connais pas et toutes nouvelles propositions qu'on me fait reçoivent de manière invariable la même réponse : "Non ! J'veux pas!". Et quand on insiste, je sors la phrase magique : "J'ai peur !".

Ben oui, j'ai des peurs, légitimes il me semble. Il faut dire que les premiers mois de ma vie ont été particulièrement chahutés : quatre mois parsemés d'examens médicaux en tous genres que j'ai très mal vécu parce que je ne voulais pas me laisser faire (électroencéphalogramme, prises de sang, échographie, examens de la vue...), soit autant d'agressions qui n'apportaient aucune réponse à mon absence de regard et à mon problème essentiel du moment : la soif permanente. Car outre mes nerfs optiques atrophiés, j'ai l'hypophyse sous-développée ce qui entraîne que je ne retiens pas l'eau. Je bois et ça ressort aussi vite (heureusement, aujourd'hui, un médicament que je prends matin et soir corrige le problème).

Et puis, au-delà de ça, il y a tout simplement que je viens d'une autre planète et que la vôtre n'est guère rassurante. C'est comme si je vous déposais sur Mars et que je vous demandais d'entreprendre des tas de choses, de toucher des matières que vous ne connaissez pas, de manger des aliments inconnus, et les yeux bandés, s'il vous plaît ! ...Le feriez-vous sans rechigner ?

Ceci dit, je dois bien le reconnaître, j'exagère aussi dans l'autre sens. Dès qu'on me propose quelque chose, je saute le "non!" et réponds immédiatement: "J'ai peur!". Ben ouais, si ça ne tenait qu'à moi, je resterais bien sur ma petite planète faite de musiques, de sons, et de sensations de mouvement. Mais hélas, maman, papa et les personnes qui s'occupent de moi ne me laissent pas faire. Je les entends me dire et me redire qu'il y a plein de choses merveilleuses à découvrir ou qu'il est nécessaire que j'apprenne ceci ou cela. Rien de bien neuf finalement : c'est le lot de tous les enfants et tous les parents, sauf qu'avec moi, ça peut tourner en guerre de tranchée.

"Jouer avec mes petites mains"

Je suis donc frileux à l'idée de toucher n'importe quel objet que je connais pas ou d'entreprendre de nouvelles activités, ce qui provoque souvent des rapports de forces parce que papa et maman ne s'en laissent pas compter. Avec moi, il faut savoir tantôt ruser, être patient et me rassurer en rajoutant une bonne couche d'intonations chaleureuses, tantôt m'y forcer ou utiliser une grosse voix, et toujours mes féliciter et me rassurer après exécution.
A ce propos, il y a deux ans, ma Maîtresse Marie-Anne a trouvé LA phrase pour me motiver : "Loulou, tu dois jouer avec tes petites mains". Mes parents ont aussitôt fait de récupérer l'expression. Du coup, tous les matins, en voiture pour aller à l'école, ils me le rappellent, comme un clou qu'on enfonce, encore et encore : "Joue bien avec tes petites mains avec Marie-Anne!"

Depuis lors, c'est devenu un grand classique de mon langage, d'autant plus que j'ai toujours la même maîtresse depuis trois ans. Chaque fois que j'obtempère et fais ce qu'on me demande, je dis pour me rassurer moi-même et avec une intonation motivée : "Tu vois que tu(*) ne dois pas avoir peur de jouer avec tes petites mains !" (*J'ai longtemps confondu le "tu" et le "je", mais de cela, je vous en parlerai sous peu).

Une dernière anecdote : mes "j'ai peur" sont devenus aussi un jeu de provocation que je lance pour me faire chatouiller. C'est papa qui a lancé ça quand il trouvais que j'exagérais, et du coup, maintenant je le dis avec plein de malices dans l'attente de la sentence guillerette.

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25/03/2004

Chronique 6

(Femmes d'Aujourd'hui N°13 - 24/03/04)

Lou... et Loup

C'est un gag... mais bon ! Figurez-vous que lorsque mon papa et ma maman, ils m'ont donné mon prénom (Lou), il n'avaient pas imaginé que je serais aveugle. Ils ont bien détecté tout de suite qu'il y avait un problème, mais ils ont eu le diagnostic après 4 mois d'examens en hôpital. - un très mauvais souvenir pour eux et pour moi : je vous dis pas (p ex.) le bruit de la Résonance Magnétique -.
Enfin bref.

Il se fait qu'outre la musique, un de mes passe-temps favoris depuis que je suis tout petit est d'écouter des histoires préenregistrées. Re-gag : j'entends un conteur me parler de méchant Lou(p) dans "Le loup et les 7 petites chèvres", "les trois petits cochons", "Pierre et le loup"... Alors, pour éviter toute association erronée (Lou / Loup ...méchant), papa et maman ont passé beaucoup de temps à m'expliquer que j'étais un petit garçon et non l'animal. Ben oui, sans image, c'est pas évident pour moi de faire la distinction, même s'il est vrai que cela ne semble jamais m'avoir perturbé.
"Et puis, un loup, c'est pas nécessairement méchant" qu'ils disent mes parents. J'crois que c'est entré dans mon disque dur, d'autant qu'on a ...un chien loup (samoyède) qui n'arrête pas de manger tout ce qui tombe de la table lors de mes repas.

Les histoires

J'adore donc écouter des histoires "audio" avec en tête du hit-parade : "Les aristochats" (par De Funes), "Colargol" (souvenir de jeunesse de maman), et les contes lus par Marlène Jobert. Mes lecteurs de cassettes ou de C.D. doivent m'accompagner partout ou presque : ils rythment mes repas et mes loisirs à la maison (je suis capable d'écouter cent fois le même truc, et plus dingue, deux ou trois sources sonores en même temps : un conte, des chansons et les dessins animés qu'Eva regardent le soir à la télé avant le souper).

A force, j'ai très vite commencé à imiter des voix entendues. Car avec moi, question audio, rien ne m'échappe : j'ai pigé que c'est, par exemple, Marlène Jobert qui fait toutes les voix des personnages. Y suffit donc de changer d'intonation, d'y mettre l'un ou l'autre accent pour être Boucle d'or, Papa ours, Maman ours ou bébé ours, ou encore, une des petites chèvres, le Loup etc.
Et puis, j'adore les voix spéciales comme celles du personnage d'un dessin animé préféré d'Eva : le Petit Chien Courage. J'ai "flashé" sur lui car je le trouve drôle et qu'il me ressemble : il a tout le temps peur et, à ces moments là, il fait : "beloubeloubeloubelebele" très très vite. Ca me fait beaucoup rigoler !
Si mes imitations (p. ex. de Mr René qui zozotte*) ne sont pas nouvelles, ce qui est nouveau, c'est que je passe d'un personnage à l'autre en essayant de raconter quelque chose qui ait de la gueule. Ça donne un truc dans le genre une conversation entre Monsieur René et le Petit Chien Courage. Pour l'un, je prends mon ton le plus grave possible en zozotant, et pour l'autre, je prends une petite voix fluette.
Ah que c'est gai !

A ce propos, je me fais souvent passer pour le petit chien courage et j'en profite pour transgresser les choses que je peux pas faire ou dire : des renvois, des gros mots etc... Puis je dis (faussement fâché) : "Petit chien courage, tu ne peux pas faire de renvois !" (et j'en profite pour en refaire un !). "Plus mieux", j'en profite pour faire porter mes peurs sur le dos du Petit Chien Courage.
Car des peurs, j'en ai un sacré paquet. Elles concernent tout ce qui a trait à la nouveauté ou l'inconnu... c'est à dire tout ce qui touche à l'apprentissage.
Ça vous donne une petite idée du combat éducatif que me livrent ma maîtresse et mes parents, mais ça, c'est une autre histoire...

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18/03/2004

Chronique 5

(Femmes d'Aujourd'hui N°12 - 17/03/04)

Ma tribu

Cette semaine, je voudrais vous parler de ma famille, car il n'y a pas que moi et papa : il y a aussi maman et mes deux grandes soeurs. Et ces trois là, méritent un immense hommage, moi je vous le dis !

Honneur à Eva (9ans) d'ouvrir cette galerie de portrait. Tout d'abord, parce que je dévore presque tout le temps libre de mes parents et qu'elle en paye les frais. Ensuite parce que du haut de ses 9 ans, elle comprend les explications de papa et maman à propos de la place imprévue que j'occupe dans la famille. Enfin, parce qu'elle a un coeur d'or : il arrive souvent, lorsque je me fais mal, me cogne, ou lors d'une colère, qu'elle se précipite vers moi pour me consoler. Mais à ces moments là, je ne me contrôle plus, j'en veux au monde entier et en particulier à la première personne qui vient à mon secours. Du coup, je mords, tape, griffe... Pauvre Eva ! Et malgré tout ça, elle fait le gros dos, continue à s'occuper de moi (elle enregistre même des histoires qu'elle invente sur une cassette audio, rien que pour moi). Bref, elle est géniale !

"Au dessus" d'elle, il y a Mathilde, ma grande soeur. Elle habite une semaine sur deux chez nous (l'autre semaine, c'est chez sa maman). J'comprends pas très bien le truc ("une autre maman?"), mais en réalité, c'est pas grave. Je l'aime bien aussi : elle est super intelligente et créative. Et puis, du haut de ses 15 ans, elle a une maturité à en boucher un coin à plus d'un. A l'école ou ailleurs, quand elle parle de sa famille, elle dit si simplement et avec un tel naturel qu'elle a un petit frère handicapé mental et aveugle, qu'il est arrivé qu'on lui réponde : "Hé, c'est pas vrai... parce que si c'était vrai, tu le dirais pas comme ça !".
Les gens sont bizarre quand même ! Comme si il fallait cultiver le malheur et ses souffrances. J'vous dis pas les réactions que reçoivent souvent mes parents lorsqu'ils expliquent mon handicap : "Mon Dieu ! " ou "C'est affreux!" ou "C'est terrible!" (sic!) etc...

Enfin pour terminer la galerie de portrait, il y a maman-superstar. Car outre le fait qu'il faille s'occuper de moi du lever au coucher du soleil (quand je suis pas à l'école), elle a son métier, la vie de famille, ...et la vie avec papa (je les entends faire la fête avec des amis à la maison certains soirs, ou me confier à une baby-sitter et rentrer aux petites heures). Il n'y a pas à dire : maman, c'est de l'énergie pure, et l'optimisme à l'état brut. Elle est dévouée comme c'est pas possible avec moi. Elle a une patience infinie et trouve sans cesse des idées créatives pour m'éveiller au monde. Et puis c'est elle qui fait ma piqûre d'hormones tous les soirs (papa il a peur de faire ça). Bref, c'est la maman la plus géniale de la terre. Je tenais à ce que soit dit, parce que mon papa, c'est un bavard... et comme c'est lui qui écrit cette chronique, il parle souvent de notre relation à deux.

Une recette ?

A lire tout cela, vous devez vous demander : "Mais comment font-ils pour tenir le coup, tes parents?". Et bien, malgré que vous n'êtes pas au bout de vos surprises (il y a encore un tas de choses à vous raconter !), mon papa et ma maman, y sont heureux, je vous jure ! Parce qu'ils s'aiment. Tout simplement. Et comme ils sont très amoureux, ils aiment les fruits de leur(s) amour(s) : moi et mes deux grandes soeurs. Ceci dit, c'est vrai, c'est pas facile tous les jours... Il y a les coups de blues, les coups de fatigue, mes moments de régression, les découragements... surtout du côté de papa. Mais ça, c'est la vie. Finalement, il n'y a pas de recette si ce n'est de soigner et entretenir l'amour en se donnant à l'autre.

09:48 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

11/03/2004

Chronique 4

(Femme d'Aujourd'hui N°11 - 10/03/04)

La musique et moi...

Même si cela peut paraître évident pour un aveugle, la musique et moi, on est pote ! Bon O.K., j'ai de qui tenir avec des parents qui aime tous les genres musicaux et qui en écoutent très souvent.
Tout petit déjà, j'étais donc bercé par les disques et cassettes pour enfant de mes soeurs, la variété française ou anglo-saxonne, le jazz, le rock, la musique classique, bref, l'éclectisme total. Aujourd'hui, la musique doit m'accompagner partout ou presque : elle rythme mes repas et mes loisirs à la maison. J suis capable d'écouter deux ou trois sources sonores en même temps : une histoire audio sur mon lecteur perso, une musique sur la chaîne hi-fi, le tout pendant que mes soeurs regardent un film à la télé ! Ben ouais, ça meuble le silence !

Le premier chanteur sur lequel j'ai flashé, ce fut Dick Annegarn ( vous savez : "Bruxelles ma belle", "Sacré Géranium" etc. ). Mes parents, ils ont repéré tout de suite mon sourire "banane" lorsque je l'ai entendu pour la première fois. C'est à peine si je n'ai pas prononcé son nom avant même celui de mes soeurs ! Mieux encore, je l'ai chanté a cappella dès mes deux ans et demi. Et la note juste s'il-vous plaît ! Faut dire que lorsque je jette ainsi mon dévolu sur une musique, je suis capable de l'écouter en boucle des mois et des mois durant. Y'a donc largement le temps de la graver dans mon disque dur.
Juste après, y'a eu ma période Gainsbourg (ses premiers disques). "Juke box, juke box, je claque des doigts devant le juke box". Le jour où maman m'a expliqué que la rythmique de cette chanson se faisait en claquant des doigts, je me suis immédiatement laissé faire pour qu'elle me montre la technique. Un comble si je vous dis que c'est un combat permanent avec moi pour essayer de me faire toucher et manipuler des choses avec mes mains. Et bien là, il n'a pas fallu insister et il ne m'a pas fallu longtemps pour que je le fasse ! Si du haut de mes trois ans, ça ressemblait plus au frottement léger d'un tissu, je peux vous dire qu'aujourd'hui, le King du clac, c'est plus Elvis ou Gainsbourg, mais moi ! Ça me prend, comme ça, par moment : il suffit que le rythme me démange le bout des articulations, et hop, c'est parti !
Après Gainsbourg, je suis passé à ma période du "trio" Benjamin Biolay, Keren Ann et Coralie Clément.
J'ai donc, au fil des années constitué ma petite discothèque perso que je réclame au gré de mes envies du moment : "J'aimerais... euh... Les Négresses Vertes" ou bien Vincent Delerm, ou Tam Echo Tam (...) Mais ne croyez pas que je prends tout ce qui vient, hein ! Par exemple, avec William Sheller que papa aime beaucoup, j'accroche pas. Allez comprendre ! Côté anglo-saxon, j'adore particulièrement Coldplay que je chante en improvisant mes propres paroles genre la litanie de toutes les personnes que je connais.
Enfin, il y a aussi les "tubes" du moment (ô drame pour papa) que je découvre à la radio pendant le trajet de l'école. Ben oui, j'échappe pas non plus au matraquage médiatique. Dès que j'entends une nouvelle zigue qui me plaît, j'entame (après le premier couplet et le premier refrain) ...une seconde voix !
Du coup, quand elle sent que j'accroche à une chanson, maman m'achète le single. Cet été, elle m'a offert "Chiwawa". Je le leurs ai fait passer en boucle, jusqu'à l'écoeurement !
Aujourd'hui, c'est au tour de "La Bamba". Faut dire que je suis en pleine période latino en ce moment avec "Trio esperança do Brasil" (trois madames qui chantent a cappella), et "Brasilero" (dont je reproduis les mélodies complexes sans accompagnement).

Dernier détail, je suis le roi du "blind test" : mettez-moi la première note de musique d'une chanson que je connais, et je vous dis tout de suite le nom du chanteur.

10:28 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

03/03/2004

Chronique 3

(Femme d'Aujourd'hui N°10 - 03/03/04)

Les Papous

Je vous disais donc la semaine dernière que j'étais différent dans ma tête... C'est un euphémisme ! Disons que je me complais souvent dans mon petit monde, fait de gestes répétitifs et de mots qui me plaisent ! Ben ouais, à défaut de vision, les sons prennent une place fondamentale dans ma vie. Et de la même manière qu'un petit enfant passe beaucoup de temps à observer les autres et à reproduire leur comportement, moi, je fais ça avec les sons. Peu importe le sens des mots pourvu que ce soit amusant et que "ça sonne bien" !
C'est ainsi qu'au hit parade de mes jeux de mots préférés, il y a les Papous. Vous savez cette comptine qui parle des Papous qui ont des poux.
Cela remonte à il y a trois ans déjà - j'en avais alors deux -. C'était en voiture. Ma grande soeur Mathilde a eu le "malheur" de me lire le texte pour m'occuper (...a part le bercement de la voiture -que j'adore- j'ai pas grand chose d'autre à y faire). Donc elle a commencé : "Chez les papous, il y a des Papous et des pas Papous. Chez les papous, il y a des Papous papas et des Papous pas papa. Chez les Papous, il y a des poux. Il y a donc des Papous papa à poux, des Papous papas pas à poux, des Papous pas papa à poux et des Papous pas papa pas à poux....(etc.)".
Conclusion : j'ai été pris d'un fou rire... et il a fallu me répéter et me répéter encore la comptine. Et même encore parfois aujourd'hui, trois ans après !
Imaginez par exemple la tête de papa lorsque de grand matin, au sortir du lit, au lieu de lui dire bonjour, je lui sors tout de go : "Chez les papous... A papa de faire les Papous !" (car en plus, je suis paresseux malgré une intelligence prodigieuse). Je suis un petit peu comme "Rainman" (l'autiste interprété par Dustin Hoffman) : j'ai mes lubies, mes obsessions, mes marottes et mes petites habitudes contre les quelles, je le sens bien, papa et maman tentent de mettre un frein, ou tout le moins, desquelles ils essayent de me sortir.
En fait, j'ai une sensibilité telle que je détecte, au simple timbre de la voix, si l'approche que l'on a vis-à-vis de moi est ludique ou non. Si c'est oui, on est copain, si c'est non, je me braque (colère, refus, ignorance de l'autre). Ben oui, mettez-vous à ma place : je vois pas pourquoi je prendrais pas mon pied dans la vie. Les trucs négatifs et les contraintes ont donc le même effet sur moi que sur une huître à l'approche d'un prédateur.
Le problème, c'est que papa et maman, ils n'ont pas toujours le temps de tout tourner en jeu et à l'humour

La Terre et les pays !

Comme il en a eu un peu marre des "papous à poux et des Papous pas papa à poux pas papa", mon paternel a tenté de m'expliquer la Terre et les autres pays... Je savais que j'habitais telle commune, dans telle ville, en Belgique (je connais même mon adresse), mais j'ignorais qu'il y avait des tas de pays et que la Terre était si grande. Papa m'a donc cité les pays du monde et le nom des habitants de chacun d'eux.
Aujourd'hui, je peux vous dire que les habitants de Monaco sont des monégasques, qu'en Afghanistan, ce sont les afghans, au Pakistan les pakistanais; je connais les burkinabés, les yéménites, les malgaches, les cubains, les guatémaltèques etc. Bref, c'est par ce jeu que maintenant je tourne parfois mes parents en bourrique : dès qu'ils me demandent ce que je veux faire ou durant mon repas, je réponds : "Alors Papa... dis-moi les pays !" Etant encore plus têtu que moi, il me demande toujours de commencer et d'en citer quelques uns avant de prendre le relais, ce que je ne fais pas toujours de gaieté de coeur. J'vois pas pourquoi je me fatiguerais alors que papa, il les connaît tous !

10:01 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

25/02/2004

Chronique 2

(Femmes d'Aujourd'hui N°9 - 26/02/04)

Mon mode d'emploi

Là où je me marre (quoique des fois ça m'énerve), c'est que mon papa et ma maman, ils n'ont toujours pas trouvé le mode d'emploi complet pour communiquer avec moi. Bon, O.K., je suis pas simple...
Le problème, c'est qu'en l'absence de vision, je perçois la vie comme vous vivez un rêve où il vous manque certaines perceptions. Je voudrais bien contrôler le scénario, mais cela ne se passe pas toujours comme je veux, faute d'une vision complète avec toutes les infos. Et puis, il y a ce grain de sable dans ma tête qui fait que les rouages grippent par moment : je ne conceptualise pas facilement les choses. Par conséquent, allez m'expliquer que je ne peux pas aller m'asseoir dans l'herbe du jardin parce qu'il pleut ! Papa n'a qu'à arrêter la pluie de la même manière qu'il arrête ou remet un CD dans le lecteur, pardi ! Ils ont beau m'expliquer que c'est pas eux qui décident du temps, moi, j'ai du mal à comprendre. Bref, parfois, je trouve mes parents nuls et comme n'importe quel enfant, je le leurs fait savoir par tous les moyens à ma disposition.


C'est quoi le jour et la nuit ?

Dans le même registre, j'ai parfois furieusement tendance à confondre le jour et la nuit. Logique puisque je ne vois pas la lumière ! Ma seule référence c'est le calme. Alors il m'arrive de faire la fête dans mon lit tard le soir, ou parfois à partir de 3, 4 ou 5 heures du mat. (j'ai le droit de guindailler dans mon lit, quand même !).

L'autre jour, il devait être cinq heures lorsque je me suis mis à crier dans mon lit (en zozotant) : "Mainsenant fa fuffit, Mefieu René !". Ben oui, je ne dormais plus et je m'occupais en imitant Monsieur René (un de mes grands classiques). Le dit Monsieur René est une personne âgée qui s'occupe de la chorale de l'école. Alors comme j'adore chanter, et surtout, comme les voix particulières attisent ma curiosité (faut dire que je reconnais quiconque de mon entourage à la première syllabe) ...et que le monsieur, il a un "seveux" sur la langue, j'ai un malin plaisir à imiter ses colères (car y'en a de sacrés loustics comme moi à gérer à l'école).
Hélas, ce jour là, réveillée par mon chahut, Maman n'a rien compris à mes talents d'imitateurs parce qu'elle est venue me demander d'arrêter !
J'admets qu'après ce genre de raves en solo, les jours qui suivent, je suis naze-crevé. Du coup, à l'école (spéciale pour les cas géniaux comme moi), je suis guère coopératif, ce qui au début, tracassait ma maîtresse qui ne comprenait pas pourquoi un jour je pétais la forme et le lendemain je la jouais genre "Fort Chabrol".
Il y a des jours où je suis parfois tellement crevé de mes décalages horaires que je m'endors dans la voiture au retour de l'école.
Dur dur donc de prendre un rythme de vie régulier en l'absence de la lumière. Ceci dit, en grandissant, je commence à prendre mes repères.
Au fait, c'est quoi le jour et la nuit ? C'est quoi 24 heures ? Une journée ? Un an ? C'est quoi le temps qui passe ? De fameuses colles pour mes parents...

Pour terminer et à propos de Monsieur René : en juin dernier, on avait appris la chanson : "Adieu monsieur le professeur", pour le départ à la retraite de notre directeur. C'était un secret. Evidemment, moi, la chanson, je la connaissais dès la première répétition. Je l'ai donc chanté non stop à l'école : "Adieu monsieur le directeur...". Pour une surprise, ce fut une surprise ! Hum...

Ah oui, dernier truc : si vous croisez dans la rue un papa avec son fils qui passent leurs temps à zozoter en déconnant, ne vous étonnez pas. C'est nous !

21:03 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

18/02/2004

Chronique 1

(Femme d'Aujourd'hui N°8 - 19/02/04)

Bonjour, je m'appelle Lou. Je suis un petit garçon de cinq ans qui ne voit bien qu'avec le coeur, ce qui rend la vie de mes parents et mon éducation épiques ! Je suis donc aveugle et différent dans ma petite tête blonde.

Si vous le voulez bien, je vous raconterai, semaine après semaine, la folle histoire de mon apprentissage de la vie. Mais je vous rassure tout de suite : pas question de pleurer sur mon sort. Mon papa, y n'écrit pas tout cela pour vous faire verser une larme... Que du contraire. Je suis un sacré numéro, parce que s'il y a bien une chose que j'ai intégré de votre monde, c'est l'humour. A moins que je ne sois né comme ça.
Papa et maman vivent donc une expérience hors du commun : Je suis un Petit Prince tombé d'une autre planète à qui il faut tout apprendre, différemment de ce qu'ils ont déjà fait avec mes deux grandes soeurs. Avec moi, vous pouvez tout de suite retourner à la lettre "A" de l'alphabet, et encore... Il vous faudra commencer à réfléchir à la manière de m'expliquer ce qu'est une "lettre", à distinguer la définition : caractère ou courrier, car sans la vue et avec un esprit vagabond et ludique comme le mien, c'est une gymnastique permanente de l'esprit à laquelle il faut se livrer. Et puis n'oublions pas qu'avec moi, les lettres, y faudra encore me les convertir en braille... Mais ça, c'est une autre aventure qui m'attend pour les années à venir.

Bref, papa a plein d'anecdotes à vous raconter, de photos étonnantes à vous montrer, car pour être expressif, je suis expressif ! Tant au niveau du timbre de ma voix (mais ça, vous ne pouvez pas l'entendre) qu'au niveau des expressions de mon visage. Un vrai petit caméléon qui change sans cesse de couleur, sauf que moi, je n'ai, à l'inverse de vous, aucun mimétisme puisque je ne vois pas. Toutes mes expressions faciales sont innées ! Je n'ai aucune référence à ce propos. Etonnant n'est-ce pas ?

Donc voilà, dès la semaine prochaine, je commencerai à vous raconter mes aventures, souvent rocambolesques et drôles, parfois marquées par les difficultés légitimes qu'entraînent mes handicaps, parce qu'il ne faudra pas non plus mentir : la vie est faite de hauts et parfois aussi de bas.

Enfin, vous l'aurez compris, tous les textes de cette chronique seront donc pensés et écrits par papa. J'en suis bien incapable actuellement, et seul l'avenir dira si je parviendrai un jour à comprendre le monde qui m'entoure et si je choisis de m'y intégrer pleinement.

A la semaine prochaine !

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16:58 Écrit par Luc Boland | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |